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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Culture/Télé

Yom Hashoah

La Shoah vue par la BD

Mickey au camp de Gurs, d'Horst Rosenthal (auteur), 1942, collection du Mémorial de la Shoah.

Autant le dire d'emblée, il s'agit de l'exposition du moment à ne manquer sous aucun prétexte, à quelques jours de la Journée internationale des victimes de la Shoah et alors que l'année 2017 est marquée par le 75e anniversaire du départ des convois vers la déportation des Juifs de France.

Le pari est d'autant plus réussi qu'il est audacieux : transmettre la mémoire indicible du génocide juif par la bande-dessinée. Depuis plusieurs décennies, les débats ont été nombreux pour savoir de quelle manière parler de cette catastrophe et la transmettre au plus grand nombre sans blesser les survivants et leurs descendants. Au Mémorial de la Shoah, une exposition évoque comment le neuvième art s'est attaché et s'attache toujours à la question mémorielle. 

Depuis les années 1960, la BD a construit et acquis une reconnaissance importante grâce à sa qualité et son hétérogénéité. Elle avait pourtant longtemps été classée dans la catégorie des « mauvais genres », comme la science-fiction et le polar. Du statut de littérature « populaire » sinon « vulgaire », elle a acquis ses lettres de noblesse en devenant un neuvième art. Il fallait en effet y penser : utiliser la bande-dessinée, un support culturel moderne qui a le vent en poupe, pour questionner une mémoire historique douloureuse et sa transmission.

La première partie de l’exposition met en lumière l’œuvre des précurseurs : les témoins directs de la Shoah. Ces témoignages contemporains de la Shoah, pour la plupart clandestins, décrivent, crayon ou pinceau à l’appui, l’horreur et l’absurdité du quotidien de ces artistes au cœur de l’enfer. Aucune caméra, aucun texte, n’auraient pu traduire la réalité du processus de mise à mort des Juifs d’Europe avec une telle acuité.

La Shoah va rester longtemps, dans la bande dessinée et ailleurs, un tabou. Les super-héros tournent autour des camps d’extermination, y entrent parfois, mais ne libèrent jamais les prisonniers et il est, somme toute, heureux qu’il en soit ainsi. La question occupe bien moins encore les créateurs européens ou japonais. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour voir la BD européenne et japonaise aborder ce thème.


L'événement "Maus"

Et puis en 1980 viendra la révolution "Maus" d'Art Spiegelman. Figure du mouvement Underground américain, il publie une BD qui convoque pour la première fois la Shoah comme sujet principal dans la bande-dessinée. L’accueil est unanime et sa portée révolutionnaire : outre de changer la perception de la Shoah dans la bande dessinée, "Maus" constitue une révolution esthétique de premier plan qui va profondément modifier le regard porté sur la BD, et ceci au niveau mondial.

C’est à l’échelle du monde que la librairie s’ouvre désormais aux « Graphic Novels », permettant l’émergence d’œuvres mémorielles majeures comme L’Ascension du haut mal de David B. (1996), Persepolis de Marjane Satrapi (2000), L’Art de voler d’Antonio Altarriba et Kim (2011) ou encore L’Arabe du futur de Riad Sattouf (2015). L’heure est aux identités dévoilées, au retour aux sources et aux traumatismes. La Shoah n’y échappe pas. En 2012, Michel Kichka ose se confronter au Maus de Spiegelman en livrant à son tour le témoignage d’un enfant de survivant. Cet ouvrage, par sa maturité mais aussi par son émotivité toute maîtrisée, doit être perçu comme un véritable point d’aboutissement générationnel. 

Par ailleurs, des albums ont été spécialement conçus pour exercer l’intelligence des plus jeunes, le plus souvent à travers des récits centrés précisément sur le destin des enfants, victimes par excellence de la Shoah. Ce sont tout d’abord les témoignages d’enfants cachés qui ont été portés en bande dessinée. Puis, à partir des années 2000, la fiction entre en jeu : la montée de l’antisémitisme, les lois raciales, l’exclusion, la déportation, la Solution finale sont racontées le plus souvent avec justesse et souci pédagogique.

Face aux récits des témoins qui se multiplient depuis les années 1980, quelques auteurs de BD ont essayé de tracer de nouvelles perspectives, de trouver de nouveaux angles. L’originalité n’est pas que dans le scénario, elle est aussi présente dans le dessin. 

La bande dessinée s’affirme incontestablement comme un outil de transmission de la mémoire et de médiation diablement efficace. 


Entrée libre - 1er étage Du 19 janvier au 30 octobre 2017. Au Mémorial de la Shoah (au 1er étage) : 17 rue Geoffroy l'Asnier - 75004 Paris. L'entrée est libre.

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