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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Frédéric Encel : « On aurait tort de prendre Trump au mot »

Au Moyen-Orient, les annonces de l’administration Trump ne seront pas forcément suivies d’effet, estime le professeur de relations internationales* à Sciences Po Paris et à la Paris Business School.

Actualité Juive : Donald Trump engage-t-il un virage à 180 degrés de la diplomatie américaine au Proche-Orient? 

Frédéric Encel : C'est une question à 35 milliards de dollars ! Soit plus ou moins le montant de l'ensemble des aides civiles et militaires que son prédécesseur Obama – contrairement à ce qu'ânonnent ses contempteurs – a accepté de consentir à Israël avant de quitter ses fonctions... Quant à Trump, on aurait tort de le prendre au mot car il en change sans cesse ! Il a promis le transfert de l'ambassade US à Jérusalem et il ne le fera pas. Il a juré de dénoncer l'accord sur le nucléaire iranien et il n'évoque plus qu'une renégociation. Il a dit devant Netanyahou que la solution à deux Etats n'était pas prioritaire mais fait dire par son secrétaire d'Etat le lendemain qu'elle le reste... Donc à 180 degrés oui, mais dans quel sens ?


A.J. : Binyamin Netanyahou peut-il lui même se satisfaire de la solution à un État que défend une partie de  son gouvernement? 

F. E. : La vérité, c'est que le chef du gouvernement israélien, certes nationaliste, n'en demeure pas moins un pragmatique. Aux grands effets de manche ou d'annonce d'un Trump dont il se méfie (à juste titre), il privilégie les actions américaines concrètes. Sur cette question des deux Etats, il s'est payé le luxe de ne même pas avoir à se déjuger ; ni envers ses faucons, à qui il rapporte une promesse d'absence de pressions de la Maison Blanche sur les implantations, ni envers la communauté internationale, devant laquelle il ne remet pas en cause son soutien officiel à cette perspective de partage. 


A.J.: Dissocier la paix de la solution à deux États peut-il être accepté par les Etats arabes sur lesquels compte s'appuyer le président américain? 

F. E. : Vous savez, le monde arabe est dans un tel état de faiblesse sinon de chaos géopolitique que le problème ne viendra pas  de là. Cela pourrait sembler rassurant pour Israël, mais attention : on peut la tourner dans tous les sens, la question palestinienne existe et à terme il faudra bien la traiter. Or je ne vois pas d'alternative sérieuse et crédible à la solution des deux Etats. Ben Gourion lui-même l'avait admis dès 1947...


A.J. : Une convergence très nette réunit l'administration Trump et Binyamin Netanyahou dans le dossier iranien.  Sous quelle forme peut-elle s'exprimer dans les mois à venir? 

F. E. : Discursive et rien de plus, sauf si Téhéran viole l'accord du 14 juillet 2015. Auquel cas il laisserait sans doute Israël agir. Mais tant qu'on n'est pas dans ce schéma – et je doute fort que l'Iran prenne ce risque – Trump ne peut rien faire de crédible. Car renégocier l'accord sera refusé par les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité, plus l'Allemagne. Parmi eux, la Russie sera intraitable. Mais si, vous savez, cette Russie censée représenter une alliée ! Avec le nouveau chef de l'Etat américain, nous ne sommes pas au bout de nos surprises...

*Fait paraître cette semaine la 4e édition de son Atlas géopolitique d'Israël (24 e) aux éditions Autrement.

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