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29 Avril 2017 | 3, Iyyar 5777 | Mise à jour le 28/04/2017 à 14h04

Chabbat A'harémot - Kédochim : 20h54 - 22h09

Rubrique Culture/Télé

Raphaël Haroche : « La nouvelle « La plus belle fille du monde » est une blague juive !»

Avant un prochain album et la réalisation d’un film co-écrit avec Samuel Benchetrit, Raphaël Haroche donne des nouvelles. Et elles sont bonnes…

Actualité Juive : Que vous signiez de votre nom incite à « diagnostiquer » un retour aux origines…

Raphaël Haroche : Il y a une tradition de chanteurs et de chanteuses qui n’ont qu’un prénom : Barbara, Christophe, Renaud, Dalida… Et puis je n’avais pas envie que mon nom de chanteur soit celui de l’appel fait à l’école ! Pour cet ouvrage, qui n’est pas un livre de chanteur mais un vrai travail de fiction, j’ai voulu me conformer aux usages de la littérature.


A.J.: Paraît également le roman de Joel Haroche (« L’Affaire Rosenblatt, Grasset), votre « père de rêve » qui écrit : « Quand tu fais un enfant, tu fabriques ton propre assassin »…

R.H. Sa pensée, est, me semble-t-il, que les parents doivent s’effacer devant leurs enfants…


A.J.: Pourquoi des nouvelles ?

R.H. J’aime beaucoup les nouvelles, c’est même ce que je préfère lire. Tchekhov, Flannery O’Connor, Maupassant…De plus, je trouve que cela correspond à notre époque. Et puis la nouvelle permet l’épure. Elle se rapproche, au détour d’un détail, du rêve et du mystère. Dans l’une de mes nouvelles, un personnage relève simplement sa manche et l’on comprend, sans savoir quoi, qu’il a quelque chose à cacher.


A.J.: A la sortie de « Caravane », la presse a célébré un folk « mélodieux et fébrile ». Ce qui pourrait s’appliquer à votre écriture…

R.H. Je dirais que ce sont des histoires simples, ascétiques et tendres.


A.J.: Ces nouvelles révèlent un écrivain éloigné de l’image du chanteur « bobo »parisien à l’immarcescible jeunesse : c’est un livre à la poésie sensorielle, organique, charnelle, parfois cruelle qui entraîne le lecteur dans des univers variés…

R.H. Les nouvelles pourraient se passer n’importe où. L’une d’elles évoque un Marseille imaginaire. Beaucoup ont trait à la mer où tout se dissout. L’océan n’a pas de mémoire. Il lave de tout et se moque des hommes.


A.J.: Le Texte biblique évoque souvent la mer…

R.H. Comme le Leviathan… Cela aurait pu être le titre de la dernière nouvelle…


A.J.: Vous avez un jour déclaré « J’ai appris à accepter l’accident ». Est-ce en ce sens que vous y entraînez certains de vos personnages ?

R.H. Je parlais d’accident artistique, l’imprévu musical qui surgit en studio ou sur scène.  


A.J.: Pas même dans la nouvelle où l’enfant traverse la rue Pavée en tentant de fuir le regard d’un homme signifiant que « quelque chose de terrible doit arriver » ?

R.H. Ce sont des inquiétudes d’enfance. Ce qui me donne envie d’écrire une nouvelle, c’est ce qui est profondément angoissant pour moi : protéger son enfant lors d’un accident ou ce veau seul dans l’abattoir fantôme… Il est aussi beaucoup question des animaux.  


A.J.: Un regard tendre est porté sur les personnages cabossés…

R.H. Comme le disait Tolstoï, « Les familles heureuses se ressemblent toutes ;  mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon »


A.J.: La judéité est présente dans la nouvelle consacrée à l’enterrement du frère du narrateur ainsi que dans celle narrant la mésaventure d’un juif trompant sa femme avec une « beauté nazie ». Pas question de sonder la part autobiographique de cette nouvelle mais peut-on savoir si vous avez été confronté à l’antisémitisme ?

R.H. Elle est drôle, non ? Ce n’est pas une histoire vraie ! Elle raconte ce qu’on est prêt à accepter par désir. Pour moi, cette nouvelle, « La plus belle fille du monde », est une blague juive ! 


A.J.: Les Haroche (citons aussi Serge, prix Nobel de physique) sont issus de deux lignées, l’une séfarade (marocaine) et l’autre ashkénaze (russe)…

R.H. Oui. Et ma mère est née en Argentine, d’une famille de juifs français depuis le 19e siècle.


A.J.: Voir dans la première nouvelle (les ouvriers polonais d’un abattoir se saoulent pour « effacer de leur rétine ce qu’ils avaient vu ») une allusion à la Shoah relève-t-il d’un tropisme « Actualité Juive » ? 

R.H. Si elle évoque le martyre que l’on fait subir aux animaux, cette nouvelle était évidemment une manière de parler de la Shoah.


Raphaël Haroche, « Retourner à la mer » Gallimard, 176p, 17,50 euros

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