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26 Juin 2017 | 2, Tammuz 5777 | Mise à jour le 26/06/2017 à 15h38

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique France/Politique

Shmuel Trigano: « Le discours de Macron à Alger laisse prévoir le pire sur les questions qui concernent directement les Juifs »

" La plus grave question pour eux (comme pour la France), c'est la place et la nature que finira par acquérir l'islam en France." (DR)

Le sociologue s'interroge sur le "vote juive" à quarante jours de l'élection présidentielle.

Quel horizon pour les Juifs dans la campagne électorale? S'il n'y a pas de "vote juif",  les Juifs votent et ils doivent se déterminer en fonction de leurs intérêts. La plus grave question pour eux (comme pour la France), c'est la place et la nature que finira par acquérir l'islam en France. Trois raisons l'expliquent. Tout d'abord, une raison qui a à voir avec l'image et la condition de communauté. Ce n'est un secret pour personne que l'accusation de "communautarisme" lancée contre la communauté juive est apparue en même temps que la "communauté de l'immigration" apparaissait et devenait un problème, à la fin des années 1980. L'affaire du voile, la même année que le Bicentenaire de la révolution française, donnèrent voie à un néo-républicanisme qui assimila de façon irrésistible la communauté juive à une population nouvelle venue, ce qui représenta une sorte de dénationalisation symbolique rampante. Cette équivalence indue lia sur la longue durée "les deux  communautés" (non nommées) selon l'expression insidieuse de Mitterrand lors de la première guerre du Golfe.

La deuxième raison, c'est que le statut religieux objectif de l'islam - une religion qui n'est pas passée par la réforme napoléonienne - déstabilise les autres religions et de façon négative, car les demandes non maîtrisées des musulmans, à la portée considérable du fait de leur nombre, conduit l'Etat à diminuer les facilités accordées aux religions concordataires, sous prétexte de ne pas faire de différences. L'arrivée de l'islam a ainsi fait régresser leur statut acquis depuis la deuxième guerre mondiale (la "laïcité ouverte"), sans compter que le pouvoir a fait preuve de parti-pris et de partialité avec des déclarations quasi-théologiques comme celle prononcée par Hollande devant le parlement tunisien sur "l'islam soluble dans la démocratie", conférant ainsi à cette religion un quasi-statut de "religion la plus favorisée".

La troisième raison a été démontrée par le nouvel antisémitisme des années 2000: c'est l'islamisme qui l'a inspiré. Trois raisons donc: morphologique et sociétale, religieuse, politique et sécuritaire.

 

"Je ne vois qu'une seule possibilité"

Une raison supplémentaire doit être prise en considération, de nature idéologique: le drapeau palestinien est devenu l'emblème d'une identité arabo-musulmane en France tandis qu'il remplit pour l'extrême gauche le rôle de l'ancien Prolétariat. La convergence des deux  courants donne l'"islamo-gauchisme", dont le clash avec la communauté juive est potentiel. On aurait tort de croire que la cause d'Israël est secondaire pour les Juifs de France: elle est capitale sur le plan symbolique et elle fournit l'excuse aux nouveaux (et si anciens) antisémites de prétendre qu'ils ne seraient qu'anti-sionistes.

Regardons, à ce propos, l'atmosphère générale dans les médias, l'intelligentsia, sur les campus, dans une partie importante du monde politique: elle n'est pas amicale envers Israël et tout ce qui est en rapport avec lui. Par ailleurs, la gestion du terrorisme après avoir été délaissée très longtemps par les socialistes est purement "compassionnelle" et sécuritaire mais non politique alors que l'antisémitisme est un fait politique.

Sur tous ces plans, le choix possible est celui du moindre mal. Sur le plan du PS, l'affaire est entendue. C'est le camp qu'il faut fuir dans tous ses aspects, non seulement en fonction de son passif de 30 ans, mais encore du projet sectaire et utopique de son représentant. Le joker le plus terrible dans le jeu dramatique de ces élections, c'est Macron, non seulement émanation par excellence du hollandisme mais aussi l'inconsistance et la vacuité personnifiées. Son discours à Alger laisse par ailleurs prévoir le pire sur les questions qui concernent directement les Juifs. Avec lui la France entrerait dans le brouillard. Non, je ne vois qu'une seule possibilité, celle des Républicains sous la houlette de François Fillon, en souhaitant qu'il ne se sarkozyfie pas, une fois au pouvoir.

Il faut que la France soit de retour pour que puisse se maintenir l'identité juive qui a choisi la continuité dans ce pays plutôt que le départ. Car le départ est aussi un choix valable devant un état de fait socio-politique et idéologique qui deviendra probablement une impasse structurelle pour la condition juive dans l'avenir. L'identité juive d'après guerre s'était adossée à la centralité de l'Etat et à l'identité culturelle de la France mais aussi au sionisme et à Israël, pour poser son existence. Le multiculturalisme lui a été fatal.

 

*Chronique sur Radio J, le 10 mars 2017.

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