Default profile photo

21 Juillet 2017 | 27, Tammuz 5777 | Mise à jour le 20/07/2017 à 18h07

22 juillet 2017 - Chabbat Matot - Masseï : 21h25 - 22h42

Rubrique France/Politique

Shmuel Trigano: La présidentielle, l'antisémitisme et l'avenir des Juifs de France

"Dans ce paysage, ce qui compte, c'est un phénomène bien plus important: l'ébranlement de l'Etat et de la souveraineté qu'entraîne l'unification européenne, le problème non résolu de l'islam" (DR)

Pour le sociologue Shmuel Trigano, l'antisémitisme n'est pas une explication suffisante pour comprendre le désarroi actuel des Juifs de France.

C'est une idée reçue - notamment en Israël et aux Etats unis - que si des Juifs quittent la France, c'est pour fuir l'antisémitisme[1]. C'est une vue très superficielle des choses. Il est vrai que tout le monde n'est pas sociologue ou historien pour comprendre ce qui se passe au moment où on le vit. Quoiqu'il ne suffise pas d'être sociologue, car nous en avons rencontré  durant les années 2000 pour nous dire qu'il n'y avait pas d'antisémitisme mais plutôt du communautarisme juif...L'antisémitisme, qui est bien réel, ne compte dans ce départ - c'est la thèse que je défendrais - qu'à titre de symptôme d'une réalité plus profonde, à savoir l'expérience concrète et la plupart du temps muette, que le mode d'identité juive sur la base duquel nous vivons depuis la deuxième guerre mondiale, n'est plus actuel ni valide. Le paysage dans lequel il est né et s'est développé a disparu totalement. Il n'est plus porté par la société, ni amarré à elle. C'est un bateau sans gouvernail, dont le capitaine a perdu ses cartes et ses instruments de navigation, en période de tempête, à savoir l'ébranlement et l'égarement de la société française.

Je considère que je n'ai plus à le démontrer car j'en ai fait l'analyse dans un livre paru en 2005, L'avenir des Juifs de France (Grasset), auquel les institutions juives comme le milieu communautaire n'ont alors donné ni écho, ni débat. Bien plutôt, je me suis vu exclu de l'arène des débats. Ce qui est en jeu aujourd'hui, comme il y a 10 ans, ce ne sont pas des causes passagères mais des bouleversements de fond, qui concernent la société française, certes, mais qui retentissent aussi très fortement et spécifiquement sur la condition juive.

 Le message le plus fort, subliminal, qui nous fut donné de cet état de faits, fut, dès le début des années 2000 le déni de l'antisémitisme, doublé de la mise en cause du "communautarisme" juif et d'Israël. Ce déni a atteint des proportions majeures, aussi vastes que la société française, comme le montre la campagne électorale. Qu'elle tourne toute autour du Front National comme si il était le pivot de la carte politique française et n'évoque quasiment jamais, en tout cas publiquement et ouvertement, la réforme impérative de l'islam a quelque chose de fascinant que les historiens psychanalystes analyseront dans 50 ans.


Statut à venir des Juifs

Dans ce paysage, ce qui compte, c'est un phénomène bien plus important: l'ébranlement de l'Etat et de la souveraineté qu'entraîne l'unification européenne, le problème non résolu d'un islam dont le devenir est critique étant donné son importante démographie, le traitement toujours résolument et étroitement sécuritaire et non politique du terrorisme et notamment de l'antisémitisme. Trois critères qui mesureront le statut des Juifs dans le proche avenir. Si le dilemme électoral se résout à un choix entre Le Pen et Macron, alors nous aurons le choix entre Charybde et Scylla.

L'enjeu concerne en effet le statut à venir des Juifs, que ce soit sous un régime multiculturaliste - dans lequel ils deviendront une minorité religieuse, marginale et négligeable, bénéficiant d'une citoyenneté de second ordre, corsetée dans ses quotas ethniques; que ce soit dans la sortie hors de l'U.E. - par laquelle ils reviendront à la condition "israélite", rendue nécessaire par l'impératif qu'elle entrainera de réformer autoritairement l'islam, dans l'hypothèse où celui ci se laisse faire...

Si rien de cela ne se fait alors tout ira à vau-l'eau, dans une dégradation générale et rampante. Il faut voir loin. C'est le long terme qui importe. Certes, c'est dur, exigeant et aléatoire - tout choix sera éprouvant - mais les pétitions de principe ne suffiront pas.

 

*À partir d'un éditorial sur Radio J le vendredi 24 mars 2017


[1] Les Israéliens le pensent aussi, ce que confirme le sondage national que l'Association israélienne Dialogia, récemment créée, a réalisé en Israël.

Voir le résultat et mon commentaire à l'adresse

http://dialogia.co.il/wp-content/uploads/2016/12/Sondage-Dialogia-Commentaire-long.pdf

 

Powered by Edreams Factory