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29 Avril 2017 | 3, Iyyar 5777 | Mise à jour le 28/04/2017 à 14h04

Chabbat A'harémot - Kédochim : 20h54 - 22h09

Rubrique France

Quels votes juifs à la présidentielle?

Quels visages prendra le « vote juif » le mois prochain, à l’issue d’une campagne émaillée par un parfum de scandale ? (DR).

A l’image d’un pays largement dubitatif quant à l’issue d’une campagne présidentielle rythmée par les « affaires » à répétition, les électeurs juifs continuent de s’interroger. A moins de trois semaines du premier tour et à quelques heures du débat télévisé inédit entre les onze candidats

« Oui, par désespoir, certains Français juifs pourraient voter Marine Le Pen ». Spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus perçoit monter ces temps-ci, dans les franges de la communauté, une « exaspération ». Partagée avec une partie de la société lorsqu’il s’agit de la réponse politique à la menace terroriste. Plus singulière face au maintien d’un antisémitisme qui, en dépit d’un déclin statistique l’an dernier (335 actes contre 808 en 2015), demeure insupportable, quand il ne se retranche pas derrière un antisionisme virulent, à défaut d’être illégal. En 2012, déjà, Marine Le Pen avait sensiblement dépassé le score obtenu par son père cinq ans plus tôt, au premier tour de la présidentielle (13,5% contre 4,3%), une sous-performance néanmoins au regard de son score au niveau national (18%). Qu’en sera-t-il le 23 avril ?

Le directeur de l’Observatoire des radicalités politiques met en garde contre la tentation frontiste. « Nous devons exclure de notre vote ceux qui ont une vision à charge contre Israël », assure-t-il à Actualité juive « et ceux qui n’offrent pas aux Juifs la garantie qu’ils pourraient bénéficier, à l’avenir, d’une situation religieuse telle qu’elle existe aujourd’hui, sans que rien ne lui soit retranchée » (voir pp. 18-19). 

Quels visages prendra le « vote juif » le mois prochain, à l’issue d’une campagne émaillée par un parfum de scandale ? Le concept pose en soi plusieurs difficultés. D’abord sur le plan statistique : avec 260 000 électeurs et moins de 1% du corps électoral, la variable « juive » pèse peu sur le sort d’une élection nationale. Le concept diffuse également l’idée d’une homogénéité du bulletin de vote, mais aussi, parfois d’une influence, source de méfiance, des Juifs sur le cours de la vie politique française.  Leur choix dans l’isoloir traduirait enfin exclusivement l’adéquation du programme des candidats avec leur attachement à la défense de l’Etat d’Israël et à la lutte contre l’antisémitisme.  

Les travaux de Dominique Schnapper (1983), de Sylvie Strudel (1996) et, plus récemment, de Jérôme Fourquet (IFOP, 2014) rendent compte pourtant d’une variété d’appartenances politiques parmi les Juifs. « Il existe des votes juifs croisant plusieurs variables », analyse Jean-Yves Camus. « D’abord, le fait de se déclarer « juif » lors des enquêtes d’opinion. Ces votes juifs ne sont pas, de plus, déterminés par la seule appartenance communautaire. Comme tous les votes, ils sont également fonction du statut social, du niveau d’éducation, des croyances personnelles ».   


« Fillon ne joue pas sur les mêmes ressorts que Sarkozy sur la communauté juive »


C’est aussi à cette aune qu’il convient d’analyser la droitisation de l’électorat juif, incontestable depuis 2002 et le sur-vote en faveur du candidat libéral et pro-israélien Alain Madelin. François Fillon profitera-t-il de ce tropisme ? Le candidat des Républicains aura fort à faire pour reproduire les scores exceptionnels de Nicolas Sarkozy, captant 45% du vote des Juifs au 1er tour des présidentielles de 2007 et de 2012. La mise en avant de son identité catholique, l’influence croissante du mouvement Sens Commun et certaines sorties en matière de liberté religieuse ou de diplomatie (dialogue avec l’Iran) ont en effet suscité des crispations. « Je ne trouve pas la même capacité d’empathie chez Fillon que chez Sarkozy. Il ne joue pas sur les mêmes ressorts sur la communauté juive », abonde Jean-Yves Camus. « M. Sarkozy n’aurait jamais dit ce qu’a pu déclarer le candidat LR sur l’abattage rituel ou l’histoire de la communauté juive ». 

Cette éventuelle désaffection, relative, ne devrait pas profiter à la gauche. A côté du poids des évolutions sociologiques, qui ont mené à la fonte de la classe ouvrière juive, l’affichage pro-palestinien de Benoît Hamon et sa défense d’une laïcité « ouverte » ne lui valent pas les faveurs de la communauté juive. « Il a eu, lors de son meeting de Bercy, dimanche dernier, des phrases justes sur les victimes des attentats, notamment de Toulouse en 2012. Cela n’efface pas pour autant les doutes qu’un certain nombre de Juifs engagés à gauche peuvent avoir, non pas sur l’homme Hamon, mais sur certains de ceux qui le soutiennent », avance M. Camus.

Une victoire de Manuel Valls à la primaire de la « Belle alliance », en janvier, aurait-elle pu faire basculer une partie de l’électorat juif dans les bras du PS, par-delà les déterminants économiques ? « Sans doute », selon le politologue pour qui Emmanuel Macron, par « son libéralisme social, son attachement à l’Europe, sa vision de la mondialisation », pourrait séduire, le 23 avril, ces électeurs déçus. 



Le poids des indécis

Macron, Fillon, Le Pen, trois forces qui se détachent au milieu d’une foule d’indécis. Une quatrième pourrait toutefois faire basculer l’élection, celle des détachés de la politique, les « PRAF » (« plus rien à faire »), expression proposée par  Brice Teinturier, de l’institut IPSOS. Une « abstention différenciée » – moinsimportante pour Marine Le Pen que pour son challenger au second tour – pourrait même conduire la présidente frontiste à l’Elysée, à en croire le chercheur au CNRS, Serge Galam, qui avait prédit la victoire de Donald Trump, aux Etats-Unis. « Dans ce scrutin, l’abstention revient à faire le jeu du FN », insiste M. Camus. Allons voter donc. Avec en tête la question « Est-il bon pour les Juifs ? », mais aussi son corollaire nécessaire, « est-il bon pour la France ? ».  

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