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23 Juillet 2017 | 29, Tammuz 5777 | Mise à jour le 21/07/2017 à 12h14

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Rubrique France/Politique

Marc Knobel : Les discours de haine islamistes sur le Net depuis 2012

Marc Knobel (DR)

Le billet de la semaine par Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au Crif.

Le lundi 19 mars 2012, à l’heure où les élèves de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse s’apprêtent à entrer en cours, un homme gare son scooter et garde son casque. Il s’avance d’un pas tranquille, sort une arme et ouvre le feu sur un groupe de personnes massées devant l’établissement. Un professeur de religion, Jonathan Sandler est atteint au ventre. Il s’écroule aux pieds de son fils Arieh, cinq ans, mortellement touché. Il ouvre le feu à nouveau. La fille du directeur de l’école, Myriam Monsonego, sept ans, tente de s’échapper. Elle ne fait que quelques foulées, avant d’être atteinte d’une balle dans le dos. Le tueur tire alors sur le petit Gabriel Sandler, quatre ans. Puis il revient vers Myriam, l’empoigne par les cheveux et l’achève d’une balle, avant de prendre la fuite. Un autre adolescent est grièvement blessé. C’est l’horreur, le désespoir, l’hébétude mais aussi la colère.

Alexandre Ferret, dans Le Point (26 mars 2012) avait remarqué qu’avec les tueries de Toulouse et de Montauban, Internet avait trouvé sa nouvelle effigie. Le terroriste bénéficiait d’une cote de popularité post mortem impressionnante sur le Web. Cette popularité se mesure en clics, en « likes ». En recherchant son nom, sur Google, le moteur de recherche proposait pas moins de 188 millions de résultats (mars 2012) et le « tueur au scooter » apparaissait en seconde position des suggestions en mars 2012. Juste après Mohamed Ali ! Sur Wikipédia, le terroriste avait droit à une biographie digne des plus grandes stars du rock. On pouvait y découvrir quantité d’informations, en passant par des anecdotes sur sa scolarité. Le tout était référencé avec 83 liens redirigeant vers les sites d’information en ligne. En mars 2012, sur Facebook, il obtenait 11050 J’aime, selon Dreuz, (23 mars 2012). C’est ainsi qu’il était devenu le nouveau héros d’une génération de jeunes marginalisés en France. Et dans les réseaux islamistes radicaux ? La figure du terroriste islamiste était valorisée. Comme le rappelait Mathieu Guidère, professeur à l’université de Toulouse 2 en islamologie au Monde (8 octobre 2012). Pour les djihadistes, il est un « martyr ». Et, Al-Qaïda publiait alors un document intitulé « considérations sur la bataille de Toulouse » où le terroriste était présenté comme un héros face à une armée de mécréants. Tout cela est largement diffusé sur les réseaux. 

De fait, Internet permet encore d’observer attentivement la manière dont les extrémistes exploitent les peurs, prêchent la haine et cherchent des boucs émissaires. Par exemple, nombre d’écrits sur les sites islamistes développent des discours anti-occidentaux qui trouvent leur justification, sous une forme ou sous une autre, dans les textes sacrés. On s’étend longuement sur la corruption de la parole divine (le Coran) par les juifs et les chrétiens, qui prêcheraient par anthropomorphisme, associationnisme et idolâtrie. L’Occident impie est élevé au rang d’ennemi, puis les diatribes anti-américaines et antisionistes viennent clore le tout. Elles sont si virulentes qu’elles ne doivent pas manquer d’échauffer les esprits de jeunes perturbés, en quête d’identité et confrontés au dilemme de vivre dans un choc de cultures. Bref, des sites fondamentalistes qualifient systématiquement l’ennemi, en appellent au djihad et encouragent les attentats terroristes. Et une des figures favorites de cette rhétorique vise à transformer les juifs, les sionistes, les Israéliens en nazis.


« Les extrémistes exploitent les peurs, prêchent la haine et cherchent des boucs émissaires.»

Aujourd'hui, Daech récupère plutôt les rejetons des sociétés occidentales. Le mythe du salut est au cœur de cette imagerie apocalyptique et cauchemardesque. Daech fait croire à ceux qui le rejoignent qu'ils peuvent racheter leur conduite passée en devenant des djihadistes et il promet un accès direct et immédiat au paradis si les recrues acceptent de participer à des attentats suicides. Exemple? "Flames of war", un film de propagande de 55 minutes, filmé en HD avec un montage agressif, montre un djihadiste qui meurt le sourire aux lèvres. Car, la véritable révolution numérique pour ces groupes est apparue avec les réseaux sociaux en 2006, selon la chercheuse Rania Makram, Al-Ahram (20 août 2014). Daech a réussi à moderniser la propagande djihadiste. Le montage de son "Choc des épées IV", avec des prises de vues aériennes, zooms, effets sonores, respecte même les codes du cinéma d'action. Daech utilise avec une parfaite maîtrise les réseaux sociaux. Il s'agit là d'un puissant outil au service de leur cyberguerre et cette propagande haineuse fait le tour du Web. Le djihad numérique ainsi modernisé a donc devant lui de nombreux et effrayants boulevards… Terrifiant. 

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