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29 Avril 2017 | 3, Iyyar 5777 | Mise à jour le 28/04/2017 à 14h04

Chabbat A'harémot - Kédochim : 20h54 - 22h09

Rubrique Judaïsme

Parachath Térouma : Plus haut que la Thora

Crédit : AVODATH HAKODECH / éditions A.J. PRESSSE

A quelles idées renvoient les deux chérubins qui couvraient l’Arche sainte qui contenait la Thora ? D’aucuns ont voulu voir ici une décoration évocatrice de la sainteté du lieu. Mais il est évident que l’on ne peut souscrire à une telle proposition : si deux chérubins trônent au-dessus de la Thora dans le lieu le plus saint du monde, ce n’est certainement pas à titre ornemental ! Ce que le texte nous révèle ici, c’est la dimension humaine de la Thora.

A propos des deux chérubins, le texte (1) nous dit « qu’ils étendaient leurs ailes vers le haut et que le visage de l’un était tourné vers le visage de l’autre ». Nous avons ici deux options déterminantes : une dimension verticale et une dimension horizontale. La première définit notre relation avec D.ieu, une dimension dont le moteur est la Thora. Mais pas n’importe quelle Thora. Il est facile de prendre la Thora comme une culture ou comme un agglomérat de connaissances ou d’informations spirituelles. Ce n’est pas seulement cela que D.ieu attend de nous. Il désire que chacun cherche à s’élever vers Lui, qu’il manifeste un enthousiasme qui le hisse au-delà des limites du monde. C’est le sens des mots « ils étendaient leurs ailes vers le haut ». Mais cette ferveur peut nous faire oublier la réalité et nous faire croire que le judaïsme n’est qu’une option verticale. C’est pourquoi le verset rajoutera que « le visage de l’un des chérubins était tourné vers le visage de l’autre ». Au plus fort de l’étude et de l’amour pour D.ieu, il faut savoir tourner son visage vers l’autre quand il vit un temps de détresse ou de solitude ou bien encore quand il s’est éloigné du judaïsme, et a besoin d’en être rapproché. Cette relation horizontale est indissociable de celle que nous entretenons avec D.ieu.


En un seul verset


Mais le Malbim (2) ajoute un second point. Si ces deux options sont réunies en un seul verset, c’est pour dégager un autre enseignement : il est impossible d’être un homme de Thora sans amour du prochain comme il est impossible de porter son regard vers l’autre si l’on n’a pas appris, grâce à la Thora, à connaître son prochain pour véritablement l’aimer. Car l’amour n’est pas qu’un sentiment. Il est aussi le fruit d’une réflexion qui lui donnera une consistance plus profonde, selon le principe rapporté dans le Tanya (3) qui enseigne que la qualité de nos traits de caractère dépend de la profondeur de notre étude de la Thora.


L’amour d’un père


Allons plus loin. Que nous apprend le fait que les chérubins étaient placés au-dessus de la Thora ? Pour répondre à cette question, nous aurons besoin de l’apport de Rachi (4) qui nous précise que le visage des chérubins ressemblait à celui d’un jeune enfant. Ici est évoqué allusivement l’amour de D.ieu pour Israël. Il est comparable à l’amour d’un père pour son fils qui n’est motivé par aucune raison logique. Or, les chérubins étaient au-dessus de la Thora ! Pour renvoyer à l’idée que l’amour de D.ieu pour Israël est au-dessus de la Thora, plus exactement au-dessus des limites de l’attachement d’un Juif à D.ieu par la Thora. Car parfois des Juifs simples, éloignés de toute pratique religieuse, sont capables de dépasser leur condition humaine pour s’attacher à l’Infini par un acte extraordinaire et révéler le lien profond qui les attache à D.ieu. Comme celui qui existe entre un père et son fils. 



Notes


(1) Chémoth, chap. 25, verset 20.

(2) C’est l’un des plus grands commentateurs modernes de la Thora. (1809-1879).

(3) Ouvrage fondamental de la pensée hassidique.

(4) Rachi est le plus grand commentateur du sens simple de la Thora. Il naquit à Troyes en 1040 et quitta ce monde dans la même ville en 1105.

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