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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Judaïsme

Parachath Tétsavé : Une poussière de vie

A la fin de la Amida, colonne vertébrale de la prière juive, nous lisons une petite phrase à laquelle nous ne prêtons que peu d’attention. Pourtant, à y voir de plus prés, ces quelques mots véhiculent l’une des idées les plus essentielles du judaïsme dont on peut lire un écho au début de notre paracha.

« Puisse ma personne n’être que poussière devant tous les hommes. Ouvre mon cœur à Ta Thora… ». Ces deux phrases qui, de prime abord, n’ont aucun lien entre elles, viennent conclure la Amida (1). Mais leur simplicité apparente va disparaître quand on cherchera à comprendre leur proximité. Car si, en construisant la prière, nos Maîtres ont placé, côte à côte, ces deux phrases, c’est parce qu’elles doivent être lues comme une totalité.


Un Sage authentique

Ouvrir son cœur à la Thora, c'est-à-dire la comprendre avec authenticité, n’est pas une mince affaire. Cela exige un effort considérable mais pas un effort intellectuel. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un Juif car pour la comprendre, même un non Juif peut y parvenir. Ouverture à la Thora n’est possible que si au préalable, on s’est débarrassé de toute trace d’orgueil qui peut imprégner notre réflexion et nos sentiments. En d’autres termes, il faut faire le ménage en nous pour que D.ieu puisse s’installer (en nous) et nous faire bénéficier de Sa sagesse. L’idée est remarquable et quasi révolutionnaire : pour l’Occident, le Sage est celui qui comprend, qui valorise son Moi à l’extrême et qui utilise toutes ses capacités cérébrales pour trouver la vérité. Mais cette vérité sera fausse parce qu’elle sera humaine donc subjective et partiale. Un Juif doit aussi réfléchir mais sa réflexion aboutira à l’idée que la vérité divine est infinie et qu’elle ne sera atteinte (au moins partiellement) qu’en laissant D.ieu s’installer au sein de son intellect et de ses sentiments. Un homme humble accepte les opinions des autres, les confronte aux siennes et accepte l’idée qu’il peut se tromper. Une telle disposition d’esprit lui ouvrira une réelle compréhension de la Thora.


S’effacer

On retrouve cette idée au début de notre paracha quand D.ieu demande à Moché que les Enfants d’Israël prennent pour lui « une huile pure d’olive concassée pour le Luminaire ». Le sens simple évoque la fabrication de l’huile qui servira de combustible pour la Ménorah. Mais le symbolisme décrit ici rejoint les concepts mentionnés plus haut : l’huile comme on le sait, renvoie à la notion de sagesse. Celle ci ne pourra véritablement éclairer que lorsque l’homme aura écrasé son Moi, à l’instar de l’olive concassée pour le Luminaire ! On peut comprendre à partir de là, le commentaire du Baal hatourim (2) qui écrit que depuis la naissance de Moché jusqu’à la fin de la Thora, notre paracha est la seule où son nom n’est pas mentionné. Parce qu’il préféra, après la faute du veau d’or, être effacé de la Thora plutôt que de voir son peuple disparaître. Et bien que ce ne fut pas le cas, cette volonté se produisit (en partie) puisque son nom n’apparaît pas dans cette paracha. C’est là encore le même concept qui prend une place essentielle. Là aussi, un chef du peuple juif s’effacera pour donner la vie. 


Notes

(1) Pas vraiment à la fin mais dans la dernière partie de la Amida

(2) Un commentateur de la Thora (1270-1343)

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