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29 Mai 2017 | 4, Sivan 5777 | Mise à jour le 26/05/2017 à 12h37

Rubrique Judaïsme

Parachath Kitissa : Une faute pour un Bien

(Crédit : BETH LOUBAVITCH)

Parmi tous les textes de la Thora, la parachath Ki tissa occupe une place à la fois emblématique et délicate. Et pour cause : elle relate la tragédie du veau d’or, la racine, jusqu’à encore aujourd’hui, de toutes nos fautes (1). C’est pourquoi, on est en droit de se demander, à la suite de nombreux commentateurs, comment une paracha, si pensante spirituellement, peut porter le nom de Ki tissa qui signifie « Quand tu élèveras » ! Où est l’élévation au cœur de l’idolâtrie ?

Pour comprendre ce qu’est l’idolâtrie, il suffit de lire l’étymologie du mot hébreu « veau » qui se dit éguel  et qui se rattache au mot agol qui veut dire « rond ». L’idolâtrie, c’est une conception de la vie qui tourne en rond, un mode de pensée et d’action qui n’a pas d’avenir. Et d’ailleurs, ceux qui firent le veau d’or, demandèrent à Aarone, le frère de Moché de fabriquer « une divinité qui marchera devant nous ». L’expression « devant nous » indique la volonté de se fabriquer un système de pensée limité à une vision humaine étriquée, sans aucun devenir intellectuel. Alors que la foi suppose la progression vers l’Infini, garantie d’une amélioration constante de la personne humaine. Dès lors, notre question initiale revient avec encore plus de force : où peut-on voir l’élévation avec une dérive spirituelle comme l’idolâtrie ?


Après un faux pas

C’est le Talmud qui répond à cette question avec une formidable leçon d’espoir. Le traité Avoda zara (2) nous explique qu’avant le veau d’or, les enfants d’Israël n’étaient pas en mesure de commettre cette faute. Mais D.ieu fit en sorte qu’elle soit commise pour donner aux fauteurs la possibilité du repentir (la Téchouva). Normalement, une faute devrait nous écarter définitivement de D.ieu. Mais la faute du veau d’or fut instaurée (par D.ieu) dans le monde pour donner l’occasion aux fauteurs de revenir vers D.ieu. Au plus profond d’une erreur, d’un faux pas ou d’une rébellion contre le Créateur, il est toujours possible de retrouver la voie de la vérité…qui sera acceptée par D.ieu. C’est ce qui explique le titre de notre paracha : au plus fort de la faute, la douleur qui l’accompagne peut créer chez l’homme qui a fauté, un désir très fort de s’élever vers D.ieu et d’atteindre un niveau bien plus élevé que celui d’avant la faute !


Avec le feu

Et le début de la paracha vient le confirmer. Le troisième verset nous indique que chaque Juif devait donner un demi-chékel pour réparer la faute du veau d’or. Moché s’en étonna : comment une simple pièce pouvait-elle réparer une faute aussi grave ? Rachi nous indique que D.ieu montra à Moché une pièce de monnaie en feu, en lui expliquant qu’il fallait donner une pièce sur ce modèle. Le Rabbi de Kotzk (3) donne à ce texte une lecture stimulante : si un Juif répare la faute avec une pièce donnée par stricte obligation, l’étonnement de Moché est justifié : y a-t-il vraiment repentir ? Mais si l’on donne la pièce accompagnée d’un feu intérieur, d’une ferveur et d’un désir ardent de réparer la faute, il y a là, assurément, tous les  signes d’une Téchouva authentique. Et c’est en fait sur ce modèle qu’il faut vivre le judaïsme. On raconte que Rabbi Ouri de Strelisk, l’un des plus grands disciples de Rabbi Chlomo de Karline (4), avait l’habitude, chaque matin, avant de partir prier, de dire adieu à sa femme et à ses enfants, tant sa prière était animée d’un amour brûlant pour D.ieu. Et dans l’incertitude de savoir s’il allait revenir dans le monde après son élévation vers D.ieu, il prenait congé de ses proches… 


Notes

(1) Selon l’explication de Rachi.

(2) P.4b avec le commentaire de Rachi sur place.

(3) 1789-1857). Il fut l’élève de Rabbi Sim’ha Bounim de Pich’ha.

(4) (1738-1792)

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