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19 Novembre 2017 | 1er, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Judaïsme

Paracha Vayikra : l’indélébile marque

Le Rabbin Jacky Milewski (DR)

Le commentaire de la semaine par Le Rabbin Jacky Milewski.

La sidra de Vayikra, consacrée aux sacrifices offerts au Temple, énonce à plusieurs reprises que l'offrande sera offerte « leréa’h ni’hoa’h laChem », en tant qu’odeur de satisfaction pour D.ieu (selon le commentaire du Rav Hirsch sur Genèse 8, 24). Que veut dire cette expression revenant sans cesse ? Le D.ieu d’Israël est complètement étranger à tout ce qui relève de la matérialité ou de la corporalité !

Dans son commentaire sur Lévitique 1, 8, le Rav Hirsch explique que le sens olfactif a la capacité de ressentir des odeurs provenant de loin. D’ailleurs, l’odorat est le sens qui a la mémoire la plus importante de tous les sens et dont l’accès au cerveau est le plus rapide. Il est celui qui marque la mémoire et la conscience à l’instar de la fameuse madeleine de Proust. L’intention de l’homme qui offre son sacrifice est que son offrande puisse se faire sentir au loin. La finalité du sacrifice n’est pas simplement sa combustion sur l’autel mais sa marque positive dans l’histoire individuelle qui offrira satisfaction à l’âme humaine, laChem, pour D.ieu, pour le projet divin. Le sacrifice constituera une empreinte positive qui sera transportée au loin, dans le temps et l’espace. Le sacrifice doit irrémédiablement marquer la conscience de son propriétaire qui n’oubliera pas l’odeur de son offrande. L’homme repartira du Temple avec de nouvelles odeurs, il quittera le lieu sacré différent de ce qu’il était. Et c’est bien là l’enjeu de l’offrande. La mitsva est censée transformer celui ou celle qui l’accomplit. Depuis la destruction du Temple, la prière juive a échu d’un nouveau rôle : celui de remplacer les sacrifices. Ainsi, en quittant la maison de prière, chacun doit pouvoir ressentir sa personne renouvelée, différente. C’est pourquoi la loi juive énonce (Choul’an Aroukh, Ora’h ‘Haïm 141, 7) que lorsqu’un fidèle monte à la Torah, il se dirige vers la bima en empruntant le chemin le plus court et regagne sa place par l’itinéraire le plus long. Il n’emprunte pas le même chemin, avant et après la lecture de la Torah, c'est-à-dire que son cheminement existentiel et spirituel est transformé par la rencontre avec le parchemin de la Torah. Le parchemin nous invite à choisir le bon chemin.

On comprend ainsi la réponse donnée par le père au fils ‘hakham, au fils sage, le soir du séder : « On ne mange rien après l’afikomane, (le denier morceau de matsa consommée la nuit du séder) » : le goût de la matsa doit rester, nous marquer et nous accompagner dans la transformation de notre personnalité qui constitue le signe même de notre liberté. Car, dans la tradition juive, la liberté, c’est avant tout cette capacité d’opérer des renversements salutaires, de briser les chaînes invisibles de notre Egypte intérieure qui nous empêche de changer pour le mieux ; la liberté, c’est la possibilité offerte à chacun d’accoucher du meilleur de lui-même. Pessa’h est bien « la fête de la délivrance » !

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