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29 Avril 2017 | 3, Iyyar 5777 | Mise à jour le 28/04/2017 à 14h04

Chabbat A'harémot - Kédochim : 20h54 - 22h09

Rubrique Moyen-Orient/Monde

L’escalade d’Erdogan contre l’Europe

(DR)

Le président turc manie l’outrance pour obtenir le soutien des milieux nationalistes en vue du référendum constitutionnel, le 16 avril.

Rien ne semble arrêter Recep Tayyip Erdogan, engagé dans un affrontement d’une rare violence verbale contre l’Union européenne et désormais contre son responsable politique le plus puissant : Angela Merkel. Après avoir été accusée de « soutenir les terroristes » pour son refus de livrer à Ankara quatre mille cinq cents dossiers de « terroristes présumés », la chancelière allemande est désormais dépeinte en héritière du IIIe Reich. « Tu as eu recours en ce moment à des pratiques nazies », a lancé, le 19 mars, le président turc, feignant de s’adresser à la chancelière lors d’un discours télévisé. Pour le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, « une limite a été franchie ».

L’escalade verbale à laquelle se prête, depuis plusieurs semaines maintenant, les autorités turques, répond principalement à un calendrier politique interne. Recep Erdogan, mène actuellement une campagne délicate en vue du référendum constitutionnel du 16 avril. En cas de victoire du « oui », le tempétueux président turc installerait un régime présidentiel privé de réels contre-pouvoirs – Parlement sous la menace d’une dissolution du chef de l’Etat, indépendance de la Justice minée par les nominations décidés par l’exécutif  - et dérivant encore un peu plus vers l’autoritarisme. Reste que les sondages annoncent un résultat extrêmement serré. L’arithmétique électorale, la progression des idées nationalistes dans le débat public local et le rejet croissant de l’Union européenne vont dès lors constituer les ingrédients d’une crise diplomatique rythmée par les invectives.    

Arithmétique électorale d’abord. Les expatriés turcs en Europe, estimés à sept millions et traditionnellement fervents supporters de l’AKP, pourraient faire basculer l’issue du scrutin. Or les mesures prises par plusieurs Etats européens, en particulier l’Allemagne et les Pays-Bas (annulation de meetings en faveur du « oui », interdiction à deux ministres turcs d’entrer sur le sol hollandais), sont perçues à Ankara comme des entraves à la mobilisation de ces importants viviers électoraux. L’Allemagne compte en effet 1,5 million de Turcs inscrits sur les listes électorales, suivie par la France (320 000) et les Pays-Bas (245 000). Lundi, le maire de Strasbourg, Roland Ries, annonçait avoir saisi le ministère de l’Intérieur et Matignon pour empêcher la venue, en avril, de M. Erdogan en personne, dans une ville où l’islam politique turc compte de nombreux adeptes. 

Fièvre nationaliste ensuite. M. Erdogan use jusqu’à la corde d’une rhétorique guerrière, europhobe, matinée d’islamisme. Cette surenchère verbale vise en particulier à séduire les troupes du Parti d’action nationale (MHP), dont le rôle fut décisif dans la validation parlementaire du projet de réforme constitutionnel, l’automne dernier. Des médias proches du pouvoir dénoncent ainsi le « fascisme » ou « l’hypocrisie » des Européens. L’islamisation à marche forcée du régime se reflète dans certains commentaires voyant dans les décisions européennes une « guerre de la Croix contre le Croissant ». La question du référendum creuse néanmoins les lignes de fracture au sein du mouvement de Devlet Bahceli, critiqué par plusieurs dissidents du MHP pour son alliance avec le pouvoir. 

Rejet de l’Europe enfin. Si plus personne ne croit encore à l’entrée de la Turquie dans l’UE, la survie du pacte migratoire occupe davantage l’esprit des diplomates européens. Négocié par Mme Merkel et M. Erdogan, en mars 2016 pour limiter le flux de migrants en provenance de Syrie, l’accord a enregistré des résultats relativement positifs. Ceci explique l’inquiétude alimentée par les menaces du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, d’y « mettre fin unilatéralement ». Ankara reproche notamment à l’Europe la lenteur et le mode de versement des trois milliards d’euros promis l’an dernier. 

La fin du processus électoral dans un mois et des intérêts économiques bien sentis pourraient conduire le président turc à faire baisser la température : mardi soir, l’AKP annonçait l’annulation des meetings pro-Erdogan en Allemagne jusqu’au scrutin. D’autres questions survivront néanmoins au 16 avril. « Ce pays restera-t-il un partenaire dans l’alliance de sécurité ? », s’interrogeait, dans le Spiegel, le chef des renseignements allemands, Bruno Kahl, en allusion à la présence d’Ankara au sein de l’OTAN. 

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