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24 Avril 2017 | 28, Nisan 5777 | Mise à jour le 21/04/2017 à 12h34

Rubrique Culture/Télé

Sarah Barukh : « Trouver du sens dans le non-sens »

(DR)

Dans un premier roman tendre et prenant (« Elle voulait juste marcher tout droit», Albin Michel, 432 p., 21,50 euros), Sarah Barukh suit les pas d’une petite fille française pendant la guerre.

Actualité Juive : Pourquoi avoir choisi de revenir sur cette France des années 1940 à travers les yeux d’une petite fille ? 

Sarah Barukh : J’avais très envie de créer un décalage entre la gravité de cet épisode historique et le regard innocent d’une petite fille. Les adultes ont tendance à anticiper le malheur, à ajouter de la tristesse. Un enfant apporte de la fraîcheur. 


A.J.: Dans ce monde miné par la violence et la peur, Alice cherche à « marcher tout droit », à la recherche d’une forme de normalité, comme toutes les petites filles de cet âge. Mais cette innocence est-elle envisageable devant le chaos, global mais aussi familial ?

S. B. : Je souhaitais parler de la désillusion à un niveau général. Pendant la guerre, la plupart des enfants cachés ont imaginé un monde parfait auquel on accéderait une fois la guerre terminée. Alice imaginait qu’une maman très belle, élégante, viendrait bientôt la chercher. Or les choses ne vont pas du tout se dérouler comme elle l’avait espéré. Les personnes que j’ai interrogées pour la préparation du roman m’ont dit qu’elles étaient presque plus heureuses pendant l’Occupation que pendant la période post-guerre. Dans le livre, le personnage de Vadim deviendra un photographe qu’Alice ne reverra plus, son ami Jean-Joseph, qui rêvait de devenir médecin, perdra sa mère et ne pourra poursuivre ses études. Ils sont tous dans l’incapacité de retracer leurs routes. Mais cette petite fille va parvenir à trouver du sens dans le non-sens. 


A.J.: Comment avez-vous procédé en matière de documentation ? 

S. B. : J’ai beaucoup discuté avec des personnes de la génération de mes grands-parents, quelle que soit leur origine. Des lectures m’ont également accompagnée. J’ai notamment adoré le livre « Une vie », de Simone Veil qui abordait déjà la question de la désillusion de l’après-guerre. Le personnage de Vadim est quant à lui influencé par l’histoire du photographe Robert Kapa, dont le travail m’a inspiré.   


A.J.: Ce qui frappe aussi chez Alice, c’est son sentiment d’étrangeté radicale, son flottement identitaire. 

S. B. : Que fait-on là ? Quel est le sens de tout ça ? A-t-on le moindre impact sur ce que l’on devient ? C’est effectivement une question centrale dans le roman qui s’exprime notamment à travers la divergence de vues qui oppose Diane et Vadim. Diane pense qu’elle a besoin de savoir d’où elle vient ; Vadim lui se concentre sur le moment présent.  


A.J.: Son identité juive, vous en parlez peu mais elle est omniprésente en creux dans le récit. Comment avez-vous conçu cette trame ?

S. B. : On naît tous avec une certaine « situation » et c’est à nous de la faire nôtre au cours de notre vie. Alice ne sait pas très bien de quelle histoire elle hérite et elle mettra du temps à le découvrir. Elle comprendra que ce ne sont pas les étiquettes qu’on lui colle au dos qui sont importantes. Mais c’est précisément au moment où elle s’en détachera, que celles-ci lui seront révélées.

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