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24 Juillet 2017 | 1er, Av 5777 | Mise à jour le 24/07/2017 à 17h09

29 juillet 2017 - Chabbat Devarim (Chabbat 'Hazon) : 21h16 - 22h31

Rubrique France/Politique

La présidentielle la plus indécise de l’histoire

Le Palais de l'Elysée (Wikipedia)

Pour le politologue Jean Chiche (Cevipof),le flottement des électeurs « rend difficile de prévoir l’ordre d’arrivée ».

Existe-il un « vote caché » en faveur de François Fillon ? 

L’expression est à la mode. Le candidat des Républicains en est persuadé, son équipe de campagne le martèle à souhait: les instituts de sondage, qui classent François Fillon en troisième position, autour de 18% des suffrages, se tromperaient. « Il y a un vote caché François Fillon, nous le constatons sur le terrain », assurait Valérie Boyer, porte-parole du candidat LR, sur BFM, le 30 mars. « Vous êtes cette armée de l’ombre qui se lève pour une France libre », lançait M. Fillon, deux jours plus tard, en Corse. Pour preuve de leurs convictions, les fillonistes s’appuient sur l’épisode de la primaire de la droite et du centre, à l’automne, qui avait vu l’ancien Premier ministre l’emporter dans des proportions mal anticipées par les observateurs. 

Bis repetita fin avril ? Pour Jean Chiche, ingénieur de recherches CNRS au Centre de recherches politiques de Science Po (Cevipof), la thématique du « vote caché » relève surtout de l’ « argument de campagne ». « Ce vote caché n’est pas impossible mais il est improbable. Les échantillons que nous construisons à partir d’internautes présélectionnés peuvent certes ne pas prendre en compte une frange de la population et celle-ci pourrait éventuellement – et ce serait un hasard – voter massivement pour M. Fillon », juge-t-il pour Actualité juive. 

Le chercheur relativise toutefois l’effet d’une éventuelle sous-estimation sur l’issue du premier tour. « Le candidat LR dispose d’un socle assuré de 17% des voix, avec 72% de cristallisation parmi les personnes interrogées. Au-delà, il existe une part d’indécis qui hésitent à voter Marine Le Pen, Emmanuel Macron ou pas encore décidés à aller voter. Ils pourraient dès lors se porter sur M. Fillon, représentant un gain supérieur à 2%. On ne voit pas néanmoins comment cela pourrait contribuer à renverser la table en sa faveur ». Le 4 avril, la dernière étude Cevipof-Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde et la Fondation Jean Jaurès, accordait 17,5% des suffrages à François Fillon, 7,5 points derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. 


Marine Le Pen est-elle sous-estimée ? 

L’avertissement sort de la bouche de Manuel Valls. « Je suis convaincu malheureusement que le Front national est beaucoup plus haut que ce que nous disent les sondages », prévenait l’ancien Premier ministre la semaine dernière, au moment d’annoncer son soutien à Emmanuel Macron. Sur un « trend » (tendance) de 24,8% selon le compilateur de sondages mis en place par le site Huffpost Pollster, Marine Le Pen dominerait en réalité plus largement le premier tour, les sondés pro-FN ayant prétendument tendance à ne pas dévoiler leurs intentions en raison du caractère sulfureux de ce vote. 

« Croyance enracinée », selon le directeur général d’IPSOS, Brice Teinturier, la thèse ne convainc pas non plus Jean Chiche. « A la différence des années précédentes, les instituts procèdent désormais par enquêtes auto-administrées, ce qui supprime l’effet de ce que l’on appelle la « désirabilité sociale » : l’enquêteur ne répond plus, devant son écran d’ordinateur ou sa tablette, en fonction de ce qu’il juge convenable de dire ou pas ». 

Ce spécialiste des comportements électoraux estime néanmoins que le parti d’extrême droite pourrait profiter de la progression attendue de l’abstention, « l’électorat frontiste étant le plus mobilisé de tous les électorats ». 


Emmanuel Macron peut-il s’effondrer ? 

Lui-même refuse l’étiquette du favori, se rangeant plutôt derrière celle, plus légère, d’ « outsider ». Le candidat d’En Marche ! profite, ces dernières semaines, de la dynamique électorale la plus nette, aux côtés de Jean-Luc Mélenchon (15%) dont la courbe devance nettement celle de Benoît Hamon (10%). Tout n’est pourtant pas définitivement acquis pour Emmanuel Macron, selon Jean Chiche. « Son électorat se cristallise de plus en plus (62%), mais beaucoup moins que chez Marine Le Pen (85%). Peut-être qu’au dernier moment, certains de ses électeurs retourneront soit à gauche soit à droite ». 

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