Default profile photo

23 Juillet 2017 | 29, Tammuz 5777 | Mise à jour le 21/07/2017 à 12h14

29 juillet 2017 - Chabbat Devarim (Chabbat 'Hazon) : 21h16 - 22h31

Rubrique France/Politique

Fillon, Israël et le Moyen-Orient

François Fillon en compagnie de Binyamin Netanyahou (Flash90.)

Tour d’horizon des principales orientations du candidat Les Républicains en matière de politique étrangère.

La Russie, alliée indispensable contre l’Etat islamique

La principale ligne de fracture avec François Hollande concerne la Russie. Le candidat des Républicains estime que la puissance russe a été défiée, maltraitée injustement. Il importe désormais, selon lui, de renouer un dialogue constructif avec Moscou. Lors de son passage à Matignon, sous le mandat de Nicolas Sarkozy, M. Fillon a entretenu des relations de travail harmonieuses avec Vladimir Poutine lorsque ce dernier présidait le gouvernement russe (2008-2012). « François Fillon appartient à une famille gaulliste dont l'un des angles en matière d'affaires étrangères consiste en une forme de défiance vis-à-vis des Etats-Unis et de l'OTAN. Et, parallèlement, en une certaine proximité à l'égard de la Russie, soviétique naguère, nationaliste aujourd'hui », analyse pour Actualité juive  le géopolitologue Frédéric Encel. « Beaucoup oublient ce tropisme car Nicolas Sarkozy fut au contraire un président très atlantiste ; mais en l'occurrence, il était minoritaire comme tel au sein de cette tendance gaulliste. » 

Ce tropisme russe s’exprime particulièrement dans les dossiers moyen-orientaux. Dans cette région soumise au chaos, François Fillon défend un objectif très clair : « vaincre le totalitarisme islamique ». Une expression dont il a fait le titre de son best-seller, paru en septembre 2016 (Albin Michel), élément décisif dans sa victoire à la primaire de la droite et du centre, deux mois plus tard. 

Dans ce combat, Moscou apparaît comme un allié indispensable. « Fillon se présente comme pourfendeur de l'islamisme. Or qui dit lutte contre ce fléau dit souvent alliance avec Moscou. Ce qui, soit dit en passant, est parfaitement contestable au regard de la politique très ambiguë de Poutine face à Daesh », note l’auteur d’un récent « Géopolitique de la nation France » (PUF) avec Yves Lacoste. « Le totalitarisme islamique, qui peut être comparé au nazisme, a provoqué une guerre mondiale. Il se propage de plus en plus ; de l’Asie du Sud-Est à l’Afrique occidentale » déclarait-il, en novembre, lors d’un meeting à Lyon. « Et pour gagner cette guerre, il faut beaucoup d’efforts et il faut beaucoup d’alliés. Parmi ces alliés, il y a la Russie. » Et l’Iran.


L’indépendance de la France passe par l’Iran

Le député de Paris considère qu’en tant que puissance « indépendante et d’équilibre », la France « doit parler à tout le monde ». Autrement dit, un peu moins à l’Arabie Saoudite et un peu plus à Téhéran. « L’Iran est une puissance régionale incontournable, à condition qu’elle respecte l’accord nucléaire et joue un rôle de stabilisateur régional », lit-on dans son programme.

L’alignement sur les puissances sunnites, choix diplomatique partagé par MM. Sarkozy et Hollande, est régulièrement critiqué. « La lutte de la France contre Daech est un échec », affirmait M. Fillon, le 20 mars, lors du débat télévisé sur TF1 entre les cinq candidats les mieux placés dans les sondages. « Nous aurions dû la conduire avec la Russie et les partenaires du Proche-Orient ». Une réorientation qui s’articule en partie sur des considérations de politique intérieure, en particulier la lutte contre la progression de l’islam radical en France. « Il n’est pas possible de fermer les yeux sur le fait que l’Arabie Saoudite abrite les principaux penseurs de ce courant totalitaire », soulignait-il, le 13 mars, devant les Amis du Crif. 

« L’Iran représente sans nul doute la grande puissance de demain au Moyen-Orient. Un candidat à l'élection au poste de président ne peut pas négliger cette perspective potentiellement très intéressante sur le plan économique », juge Frédéric Encel. Le candidat LR s’est d’ailleurs rendu en Iran, en mars 2016.  

Cette volonté d’ouvrir un dialogue nourri avec Téhéran pose néanmoins question. D’abord du fait de la nature et des visées du régime iranien à l’égard de l’Etat d’Israël. Autre point délicat, ce rapprochement avec l’Iran pourrait également bénéficier à son affidé libanais, le Hezbollah. Dans une interview à France-Inter, le 25 novembre 2015, M. Fillon appelait de ses vœux une « alliance mondiale » avec « les seules forces au sol qui combattent réellement l’Etat islamique », notamment « le Hezbollah […] avec le soutien de l’Iran ».

 

Deux Etats au Proche-Orient

Favorable à la « solution des deux Etats » dans le conflit israélo-palestinien, M. Fillon estime qu’« Israël doit être défendu par la France parce que c’est un Etat démocratique, menacé par la plupart des Etats de la région ». Mais la sécurité de l’Etat hébreu passe selon lui par la création d’un Etat palestinien. Par quels moyens ? L’ancien premier ministre avait jugé, à l’automne dernier, que l’organisation de la Conférence sur la paix, à Paris, n’avait « aucun sens ». « Je suis contre une reconnaissance unilatérale mais pour le dialogue et la volonté commune de parvenir à une solution territoriale. Je m’impliquerai personnellement », avait-il promis. 


« Israël doit être défendu par la France parce que c’est un Etat démocratique »


Reste à définir pratiquement la nature de son « implication ». Peut-être faut-il y trouver un indice dans cette déclaration d’octobre 2015. « Il faut faire pression sur Israël pour qu’il accepte de rentrer dans un processus de négociation et en particulier qu’il libère les territoires sans lesquels il n’y aura jamais de paix en Palestine ». François Fillon a toutefois condamné, à plusieurs reprises, le mouvement BDS, favorable au boycott d’Israël, et le vote de l’Unesco sur Jérusalem, en octobre 2016. 

« Il a parfaitement le droit de ne pas être aussi amical à l'endroit d'Israël qu'un Manuel Valls, ou de considérer la politique du gouvernement israélien comme négative, ou encore de vouloir choisir une fois élu d'entretenir des rapports plus chaleureux avec d'autres pays de la région », résume Frédéric Encel. « Tout comme les citoyens électeurs ont le droit de déposer un bulletin en fonction – entre autres variables de prises de décision bien sûr – des choix des candidats en matière d'affaires étrangères, y compris proche-orientales... » 

Powered by Edreams Factory