Default profile photo

21 Juillet 2017 | 27, Tammuz 5777 | Mise à jour le 20/07/2017 à 18h07

22 juillet 2017 - Chabbat Matot - Masseï : 21h25 - 22h42

Rubrique France/Politique

Yonathan, fils de Lucie Halimi, défenestrée lundi:" Ma sœur se faisait traiter de sale juive par la famille du tueur"

Le maire de Mexico pose la première pierre de la nouvelle communauté juive (DR)

Actualité juive a recueilli le témoignage exclusif de l'un des enfants de la femme juive défenestrée dans la nuit de lundi à mardi, à son domicile parisien. L'enquête ne permet pas pour l'instant de retenir ni d'écarter le mobile antisémite.

Lucie Sarah Halimi (zal) a-t-elle été tuée parce que juive? Près de quatre jours après la mort de  cette femme juive de 66 ans, défenestrée dans la nuit de lundi à mardi 5 avril, à son domicile parisien, le mobile antisémite du crime n'est toujours pas établi par la justice. Vendredi matin 7 avril, le procureur de la République de Paris, François Molins, a reçu les responsables de la communauté juive, qui en avaient fait la demande. "À cette date, selon les premiers éléments de l'enquête et sur la base des premiers témoignages, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l'exclure", indiquent le CRIF, le Consistoire, le Fonds social juif unifié et le Service de protection de la communauté juive, dans un communiqué commun publié à la mi-journée sur Facebook.


Si de nombreux doutes continuent d'entourer le profil et les motivations du tueur présumé, un homme noir de religion musulmane, âgé de 27 ans, certains éléments apparaissent troublants. Actualité juive est parvenu à contacter l'un des enfants de la victime, Yonathan Halimi. Résidant en Israël, où la famille respecte depuis jeudi la semaine de deuil, il accepte de répondre à notre appel, "parce qu'il faut que tout le monde sache que c'était un acte antisémite", introduit son épouse Esther. Yonathan Halimi s'exprime lentement.D'une voix posée, il alterne le français, qu'il maîtrise parfaitement, et l'hébreu. Son voeu: 'mettre au jour la vérité ". Pas de doute à ses yeux, sa mère est morte " parce qu'elle était juive". "Elle à été tuée al pi kiddoush hashem", littéralement "pour la sanctification du Nom divin", une catégorie classique dans la tradition juive où sont rangées les victimes de pogroms ou de crime judéophobe.

Que sait-il sur celui qui est accusé d'avoir défenestré sa mère ? "Il vit dans l'immeuble depuis 20 ans dans une famille connue pour son antisémitisme". Yonathan Halimi se souvient des accrocs passés dans la cage d'escalier entre la famille juive du 4e étage et ses voisins du 2e. " Un jour, une des sœurs du tueur a poussé ma sœur dans les escaliers. La fois suivante, elle l'a traitée de sale juive". À quelques heures du shabbat, il demande qu'on rende hommage à celle qui, en tant que directrice de crèche juive, "cherchait toujours à s'élever et à élever les autres". " Faites quelque chose de bien en sa mémoire ", prie-t-il son interlocuteur.


Pas fiché S

Ces éléments, qui devront être confirmés devant la police, pourraient apporter un nouvel éclairage sur le profil du tueur présumé, transféré en milieu de semaine à l'hôpital psychiatrique de la préfecture de Police de Paris. La thèse de la radicalisation, diffusée sur les réseaux sociaux et relayées par plusieurs sites de la fachosphère, semble aujourd'hui complètement écartée. "L'homme n'était pas fiché S", assure à Actualité juive une source bien informée. Le parcours de délinquant (délits routiers, stupéfiants) était néanmoins connu de la police.

Plusieurs entretiens avec des responsables communautaires et des voisins de Lucie Sarah Halimi offrent un aperçu, bien qu'encore provisoire, des circonstances du drame. Au milieu de la nuit, a priori après s'être violemment disputé avec un ou des membres de sa famille, l'homme de 27 ans frappe à plusieurs portes de sa résidence, sise 30 rue de Vaucouleurs Après plusieurs échecs, un homme ouvre. C'est un voisin, installé au numéro 26 de ce groupe de logements gérés par Paris Habitat. « Il voulait passer la nuit chez moi. Quand j’ai refusé, il a commencé à devenir agressif », detaille M. T. à Actualité juive. Il décrit un jeune homme qui traîne souvent avec un de ses copains, dans la rue Louis-Bonnet, à moins de deux-cents mètres de la résidence. « Je connaissais bien son père. Il est mort en 1998. Son fils vit désormais avec sa mère et son beau-père ». Le ton monte entre les deux hommes, les enfants se réfugient dans une chambre et contactent la police.


Frappée puis défenestrée


Le jeune homme, peut-être sous l'emprise de stupéfiants, fonce alors dans le balcon. C'est de là qu'il rejoint celui de Lucie Sarah Halimi, qui donne sur le 26 rue de Vaucouleurs. Il pénètre alors par la fenêtre dans l'appartement. La victime, qui vit seule, est surprise dans son sommeil. " De corpulence menue et à la santé fragile " selon sa belle-fille, elle est frappée par son agresseur qui la blesse mais pas au couteau comme cela a pu être évoqué. C'est dans un deuxième temps que Mme Halimi sera défenestrée. "C'est la défenestration qui est la cause de sa mort, pas les coups", précise une source communautaire.

Le tueur a-t-il crié " Allah Akbar ", signature d'un crime qui de fait divers prendrait un caractère politico-religieux? Cela semble avoir été le cas, mais pas au moment du meurtre proprement dit. Ces mots auraient été prononcés quelques instants plus tard devant un voisin. Une autre locataire, contactée vendredi par Actualité juive, evoque une personne ne portant " pas de vêtements religieux. "J'ai peur désormais. J'ai demandé à déménager", explique-t-elme.  Un juge d'instruction devrait être prochainement nommé. 


Powered by Edreams Factory