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20 Septembre 2017 | 29, Elul 5777 | Mise à jour le 19/09/2017 à 18h07

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Entre l’Iran et la Russie, une lune de miel ?

Vladimir Poutine et Hassan Rohani (Wikipedia)

Vladimir Poutine a reçu le président Hassan Rohani, fin mars, à Moscou.

Après le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou et le président turc Recep Tayyip Erdogan, l’Iranien Hassan Rohani : Vladimir Poutine aura mis à profit le mois de mars pour recevoir sur ses terres trois acteurs cruciaux des arcs de crise au Moyen-Orient, réaffirmant en creux le caractère indispensable de l’action russe dans la région. Le président russe a reçu son homologue iranien, les 27 et 28 mars, leur première rencontre bilatérale depuis l’élection présidentielle de M. Rohani en Iran. 

Le calendrier ne doit rien au hasard. Si les deux hommes ont déjà eu l’occasion d’échanger lors de réunions internationales, cette rencontre intervenait à un moment décisif. D’abord, parce que la situation a basculé en Syrie en faveur de Bachar El Assad, grâce à l’appui militaire de Téhéran et Moscou. Ensuite, en raison de l’imminence d’un nouveau scrutin présidentiel en Iran, le 19 mai, au cours duquel Hassan Rohani aura à cœur d’afficher son bilan économique, une promesse sur laquelle il avait été élu il y a quatre ans en défendant les retombées sonnantes et trébuchantes d’un accord sur le nucléaire iranien, finalement conclu en 2015. La Russie fait figure, à ce titre, de partenaire économique préférentiel. 

« Nos Etats aspirent à faire tout leur possible pour renforcer les liens multiformes et mutuellement avantageux et ont pour objectif de donner un nouvel élan de partenariat stratégique à la coopération bilatérale », a affirmé M. Poutine, au terme de sa conversation avec M. Rohani. Ce « nouvel élan » revêt en premier lieu des atours économiques. Les deux chefs d’Etat ont exprimé leur volonté de prolonger la dynamique actuelle du commerce russo-iranien. Pour l’année 2016, les échanges bilatéraux ont en effet augmenté de plus de 70%. La quinzaine d’accords et autres protocoles d’accords signés lors de la visite concernent plusieurs secteurs, notamment l’énergie. « Nous sommes tous deux producteurs de pétrole et de gaz, mais en lieu et place des compétitions malsaines, nous pouvons avoir des relations très constructives », déclarait M. Rohani, à la veille de son départ pour Moscou. 


Partenariat stratégique

Déjà à l’origine de la construction d’une centrale nucléaire à Bouchehr, les Russes pourraient procéder dans les années à venir à d’autres mises en route et accorder, sous forme de prêt, deux milliards d’euros à l’Iran pour la construction d’une centrale électrique thermique à Sirik, à proximité du détroit d’Ormuz. En novembre dernier, Vladimir Poutine avait également été l’un des principaux artisans, en coulisse, de la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole de baisser la production de l’or noir. Un accord arraché de haute lutte, sur fond d’opposition entre Saoudiens et Iraniens.

Le rapprochement entre la Russie et la puissance chiite s’étend également au domaine militaire. On évoque un intérêt iranien pour les tanks T-90 et les chasseurs SU-30 russes, après la vente, l’an dernier, par Moscou du système de défense aérienne S-300. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a même indiqué que l’armée russe serait autorisée à utiliser, « au cas par cas », des bases aériennes en Iran dans le cadre de ses opérations en Syrie. Une offre particulièrement sensible, la précédente autorisation similaire accordée à Moscou, l’été dernier, ayant valu au pouvoir iranien une levée de boucliers dans certains cercles ultra-conservateurs et au Parlement, qui parvint à suspendre l’accord. 

Lune de miel russo-iranienne ? Pas exactement. Des divergences sont apparues entre les deux puissances en Syrie. Les Iraniens font du maintien de Bachar El Assad une option non négociable, se méfient des négociations avec les rebelles et regardent avec suspicion les pourparlers engagés par M. Poutine avec la Turquie. Téhéran s’inquiète également de la coopération constante entre Moscou et Jérusalem, notamment lors des frappes aériennes menées par Tsahal en Syrie pour empêcher des transferts d’armes sensibles au Hezbollah. Selon le quotidien koweïtien Al Rai, un accord aurait même été conclu entre Israéliens, Russes et Américains pour limiter le pouvoir de nuisance des milices chiites pro-Iran à la frontière israélo-syrienne.

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