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29 Juin 2017 | 5, Tammuz 5777 | Mise à jour le 29/06/2017 à 14h20

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique Moyen-Orient/Monde

En Syrie, Trump impose sa marque

(DR)

Analyse de l’impact des frappes américaines contre le régime de Bachar El Assad.

Une frappe, des revirements

« Attaquez là où il ne vous attend pas ; surgissez toujours à l’improviste ». En frappant à la surprise générale le régime syrien, le 6 avril, Donald Trump a démontré qu’il se nourrissait peut-être des conseils de L’Art de la guerre du maître en stratégie Sun Tzu. « Aucun enfant de D.ieu ne devrait avoir à subir une telle horreur », a déclaré le président américain après l’envoi de 59 missiles de croisière Tomahawk contre la base militaire syrienne de Homs, point de décollage des avions responsables de l’attaque chimique contre le village rebelle de Khan Cheikhoun (87 morts), deux jours plus tôt. Ces frappes spectaculaires marquent un revirement important de l’administration républicaine dans le conflit syrien. Il n’y a qu’à relire pour s’en convaincre les déclarations de l’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies, Nikki Haley, le 30 mars. « Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités », expliquait-elle alors devant une assemblée de journalistes. « Et notre priorité n’est plus de rester assis là, à nous concentrer pour faire partir Assad ». 

Cette opération militaire s’inscrit également en rupture avec la ligne défendue par Barack Obama qui, en août 2013, avait privilégié l’option diplomatique à la solution militaire, suite à l’attaque chimique contre la Ghouta par Bachar El Assad. Ironie de l’histoire, Donald Trump avait alors salué l’accord de démantèlement des armes chimiques du régime syrien signé avec Vladimir Poutine. « Restons en dehors de la Syrie », écrivait-il (déjà) sur Twitter, le 30 août 2013. Quatre ans plus tard, il vient de tracer une ligne rouge qu’avait négligé de faire respecter son prédécesseur. 


Une nouvelle stratégie américaine ? 

La question est désormais de savoir si cette intervention martiale induira la mise en place d’une nouvelle stratégie américaine pour mettre un terme à la crise syrienne. Le doute est permis. A défaut de renverser la table, Donald Trump cherche davantage, par ces frappes, à envoyer un message. A Bachar El Assad d’abord, pour lui rappeler la limite (chimique) à ne plus fouler aux pieds. A Vladimir Poutine ensuite pour le contraindre à serrer la bride à son affidé syrien. A la Chine enfin pour la convaincre que les Etats-Unis n’hésiteront pas à utiliser la force contre les menaces de son voisin nord-coréen. Un coup de billard à trois bandes résumé par l’ambassadeur de France aux Etats-Unis, Gérard Araud (Libération, 21 avril). « Une négociation se fait toujours sur la base d’un rapport de force. La faiblesse de l’administration Obama vis-à-vis de la Russie, c’était le fait que John Kerry n’avait aucun gros bâton pour négocier. Et il n’est arrivé à rien. La frappe de Trump, c’est une manière d’établir un rapport de force avec Moscou ». Même constat implacable chez Charles Lister, l’un des meilleurs spécialistes de la Syrie. « C’est quelque chose qu’Obama n’a jamais compris : ses efforts pour négocier la paix ont échoué parce qu’il a refusé ne serait-ce que de considérer de menacer d’une guerre ». 


Comment réagit Moscou ?

 Raillé pour son alignement pro-russe, l’administration Trump a pris le risque d’entrer dans une zone de turbulences avec Moscou. Les Russes n’ont été informés de l’imminence des frappes que 90 minutes avant leur déclenchement. « Une notification plutôt qu’une consultation », juge le New York Times. La réaction de Vladimir Poutine n’a pas tardé : suspension de la coopération militaire aérienne américano-russe dans les airs syriens, veto russe, le 12 avril, d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU réclamant une enquête sur l’attache chimique de Khan Cheikhoun. Au terme, mi-avril, d’une visite à Moscou courtoise mais très en deçà de ce que laissaient entrevoir les premiers pas de l’administration Trump, le Secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, n’a pas caché « un niveau de confiance bas » entre les deux Etats. « Ces frappes signalent un rééquilibrage des rapports de force à la Maison Blanche, avec la mise à l’écart de plusieurs conseillers connus pour leurs positions pro-russes (Michael Flynn, Stephen Bannon) au profit de républicains aux positions plus classiques, le général McMaster notamment », relève, dans Le Monde, la chercheuse Alexandra de Hoop Scheffer. Trois mois après son accession à la Maison Blanche, Donald Trump a déjà rebattu les cartes.

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