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22 Mai 2017 | 26, Iyyar 5777 | Mise à jour le 22/05/2017 à 16h34

Chabbat Bamidbar : 21h21 - 22h43

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Erdogan, une marche de plus vers la dictature

(Flash90.)

La victoire, étriquée, du « oui » au référendum constitutionnel installe un régime hyper-présidentiel en Turquie.

Ses partisans espéraient un plébiscite, à la hauteur de celui qu’ils surnomment « reïs » (« chef »), successeur et anti-modèle du laïc Mustafa Kemal Atatürk, père de l’Etat turc moderne. Mais les conclusions du référendum constitutionnel, organisé le 16 avril, dessinent plutôt les lignes d’un paradoxe : désormais conféré, sur le plan institutionnel, des pouvoirs les plus larges jamais détenus par un homme d’Etat en Turquie, Recep Tayyip Erdogan voit dans le même temps les rangs de ses opposants grossir, accentuant ainsi la polarisation du pays.

Légitimée par une courte mais suffisante majorité (51,4% des suffrages), la réforme constitutionnelle portée par le président turc modifie en profondeur l’équilibre des pouvoirs dans le pays, en dépit des accusations de fraude  avérées (bourrage d’urnes, bulletins non tamponnés dans les bureaux de vote). Le régime présidentiel qui naîtra du scrutin aura pour principales conséquences la suppression de la fonction de premier ministre, la mise au pas du pouvoir législatif, contourné par l’usage élargi des décrets permise par le texte, et la reprise en main de la Justice, à travers la prise de contrôle du Haut conseil de la magistrature, chargé des nominations et révocations des juges et des procureurs. Agonie de la séparation des pouvoirs désormais concentrés dans les mains d’un président engagé dans une entreprise de répression massive après l’échec du putsch militaire contre sa personne, en juillet dernier (47 000 personnes emprisonnés).  « L’aube d’une nouvelle ère » selon M. Erdogan, qui évoque une « victoire historique ». 


Isolement international

Le rejet du texte par les électeurs des grandes villes, notamment à Ankara et Istanbul, témoigne néanmoins des résistances à la dérive autoritaire du pouvoir islamiste. Depuis les législatives de novembre 2015, l’AKP a vu son score chuter de 10 points, malgré le soutien du parti ultranationaliste MHP. La Turquie est désormais coupée en deux, entre un pôle urbain allié au Sud-Est kurde et inquiet de la dérive autoritaire en cours, et des zones rurales, indéfectibles soutiens d’Erdogan. Et le repli islamo-nationaliste de ce dernier accentue en parallèle son isolement sur la scène internationale. Le projet de rétablissement de la peine de mort, caressé par le chef de l’Etat, achèverait la mise au ban de la Turquie par une Union européenne désormais unanime pour lui fermer les portes de l’adhésion. 

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