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26 Juin 2017 | 2, Tammuz 5777 | Mise à jour le 26/06/2017 à 15h38

1er juillet 2017 - Chabbat 'Houkat : 21h39 - 23h03

Rubrique Communauté

Jean-Pierre Winter : « On ne crée pas en dehors de notre passé »

(DR)

La leçon inaugurale du Centre National de Pédagogie Juive sera donnée par le psychanalyste et écrivain français Jean-Pierre Winter sur le thème « Transmission et Création » le mardi 23 mai à 19 heures dans la mairie du XIe.

Actualité Juive: Votre leçon porte sur la transmission et la création comme si les deux notions étaient liées. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ? 

Jean-Pierre Winter : Le recours à la mémoire, la capacité à jauger et juger ce qui nous a été transmis est indispensable pour être créatif. On ne crée pas en dehors de notre passé mais à partir des traces que l’Histoire a laissées dans notre esprit. Le Judaïsme se préoccupe beaucoup de la mémoire et du souvenir. L’un des mots les plus présents dans la Torah est « zakhor » qui signifie le souvenir. Il y a comme une obligation pour les juifs de faire avec la mémoire pour dépasser le passé par la création. 


A.J.: Comment la pédagogie et la psychanalyse appréhendent-elles la transmission ? 

J.-P.W. : La pédagogie est essentiellement orientée vers la transmission, a minima la transmission du savoir-vivre et des connaissances. La psychanalyse est une méthode permettant, entre autres, de s’interroger sur les impasses de la transmission. Dans la mesure où la psychanalyse demande à chacun de remplir les blancs de son histoire et que la pédagogie se charge de transmettre ce qu’il y a à savoir pour vivre, il est évident qu’il y a des rapports entre les deux. « Freudiennement parlant », j’ajouterais que ce qu’il y a de commun entre la pédagogie et la psychanalyse c’est que ce sont deux métiers impossibles : on ne parvient jamais à être l’excellent pédagogue qu’on voudrait, et on ne parvient jamais à un aboutissement aussi idéal qu’on souhaiterait quand on est psychanalyste. 


A.J.: Est-ce que le professeur enseigne ou transmet selon vous ?

J.-P.W. : Il y a une différence entre transmettre et enseigner. Transmettre, c’est inculquer un savoir mais quand vous enseignez, vous transmettez quelque chose en plus qui tient en deux concepts psychanalytiques : le désir de savoir et un mode de jouissance de savoir. Lorsque vous enseignez, vous ne vous rendez pas compte de la passion que vous y mettez. Dans le Talmud, il est écrit qu’on reconnaît  un bon enseignant au fait qu’il ait des élèves. Aujourd’hui, qu’on soit un bon enseignant ou pas, on aura des élèves dans sa classe. Or nous verrons qu’un professeur est autre chose qu’un enseignant.


A.J.: Trouvez-vous, commebeaucoup, que les élèves sont moins passionnés ?

J.-P.W. : En effet. Cela tient, entre autres, à une réduction de la part de l’histoire dans l’enseignement. Je suis frappé par la diminution de la curiosité des élèves pour l’histoire. Cela correspond bien à l’état d’esprit de la société d’aujourd’hui où les choses se vivent au présent, comme si tout était de l’ordre de l’horizontalité. Les réseaux sociaux sont horizontaux, il n’y a aucune profondeur. Le Judaïsme, à l’occasion de la fête de Pessah, nous apprend qu’il y a une responsabilité de l’élève dans la transmission. La manière même qu’il a de poser des questions témoigne de son intérêt pour ce qu’on lui transmet. 

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