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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Culture/Télé

L’identité non-négociable

Léo Strauss

Les éditions Allia rééditent « Pourquoi nous restons juifs », retranscription de la fameuse conférence de Léo Strauss tenue à l’Université de Chicago en février 1962.

Tenue à l’Université de Chicago en février 1962, la célèbre conférence de Léo Strauss retranscrite et intitulée « Pourquoi nous restons juifs », vient d’être rééditée chez Allia. Posé ainsi, le sujet sous-tend une autre question pour le moins subversive : est-il possible de cesser d’être juif ? Cette identité si forte, est-il possible de s’en défaire ? Et si non, pourquoi ?

Notre peuple aurait à certains égards, des bonnes raisons de le vouloir. « Le judaïsme n’est pas une religion, c’est une forme de malheur », synthétise Heinrich Heine cité par Strauss pour appuyer le point de départ de sa pensée. Une formule douloureuse mais une formule qui fait sens, lorsqu’elle est mise en perspective avec les exils successifs et les persécutions qui ponctuent l’histoire du peuple juif.

Après un tour d’horizon historique, le philosophe allemand finit par conclure que cette rupture est fondamentalement impossible : « Il est impossible de ne pas rester juif. Il est impossible de fuir ses origines. Il est impossible de se débarrasser de son passé en souhaitant qu’il disparaisse. (…) Il nous faut tout simplement reconnaître le fait, que nous connaissons tous, que la minorité juive n’est pas universellement populaire, et les conséquences qui en découlent. » Léo Strauss montre que l’identité juive comporte des caractères irréversibles, des invariants non-négociables. Qu’elle est en quelque sorte, irréductible. Pour appuyer son point de vue, il donne l’exemple des conversions de Juifs durant l’Inquisition en Espagne, en 1492, afin de sauver leur vie. Décision qui n’a pas n’a pour autant permis d’être considéré comme assimilé : les Espagnols n’ont pas hésité à distinguer les nouveaux chrétiens de ceux qui « avaient le sens pur » . Cela est donc non seulement impossible, mais également non désirable, car nos ancêtres mouraient une deuxième fois de voir perdue la foi qu’ils s’étaient donné tant de mal à faire perdurer et transmettre. Le contemporain de Hannah Arendt, de Günther Anders, de Hans Jonas, pose la question de l’identité juive dans une perspective passionnante.


Léo Strauss, « Pourquoi nous restons juifs », Editions Allia, 96 pages, 6,50 euros.

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