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20 Août 2017 | 28, Av 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique Culture/Télé

Jean-François Zygel : « Il n’y a pas une musique juive, mais des musiques juives »

Crédit : Thibault-Stipal

Rares sont les musiciens de musique classique qui assument leur judaïté dans leur travail d'artiste. Le pianiste Jean-François Zygel en fait partie. Il sera parmi les artistes invités le 21 mai, à synagogue Copernic.

Actualité Juive: Vous avez tellement d'activités sur les scènes comme dans les médias qu'on a du mal à vous présenter...

J-.F. Z : Je suis musicien, tout simplement. Mon activité principale consiste à inventer des univers musicaux. Pour cela je me sers parfois de l'écrit, parfois de l'improvisation, souvent d'un mélange des deux. Comme pianiste, je fais environ 120 concerts par an. Je suis également présent à la radio et à la télévision, car il me semble qu'un artiste du XXIe siècle doit s'adapter aux usages de son temps. Au XVIIIe siècle on faisait de la musique dans les salons, dans les églises. Enfin je pratique largement la collaboration entre les arts, avec une affection particulière pour le ciné-concert. 


A.J.: Vous allez présenter le 21 mai à la synagogue de Copernic le Kol Nidré que vous avez composé. Les versions y seront nombreuses. Qu'aviez vous en tête pour le vôtre ?

J-.F. Z : Il y a quelques mois, j'ai composé un Kaddish pour choeur mixte à la demande du choeur Spirito de Lyon. J'ai une grande affection pour l'araméen comme pour toutes les langues très anciennes. Leurs sonorités, leur mystère, leur caractère figé donnent beaucoup de force aux compositions vocales. Il existe d'innombrables versions du Kol Nidré, mais toutes ont en commun une série très simple de quelques notes. Composer un Kol Nidré, c'est donc créer une nouvelle lumière pour un objet qui existe déjà.  


A.J.: Pourquoi les liturgies juives vous inspirent-elles ?

J-.F. Z : Les seuls musiciens de ma famille étaient mes deux arrière-grands-pères paternel et maternel, tous deux hazzanim. J'adore la cantillation synagogale et je continue d'écouter régulièrement Rosenblatt, Koussevitzky, Pierre Pinchik et Shalom Katz. Ce sont d'extraordinaires improvisateurs. Leur chant exprime la joie et la ferveur mais aussi la tristesse et la souffrance. Une partie de ma musique est nourrie de leur art.


A.J.: Pour votre série sur la musique juive sur France-Inter, comment avez-vous fait votre choix ?

J-.F. Z  : Mon émission est en quelque sorte un "blog d'artiste". J'y partage avec les auditeurs mes découvertes, mes souvenirs, mes coups de coeur. Pour Roch Hachana, je consacre toujours une ou deux émissions aux musiques juives. Reste à déterminer ce qu'est la musique juive : le klezmer, la cantillation synagogale, la chanson yiddish, les mélodies ladino, les songs de l’opérette yiddisho-américaine, les quatuors à cordes de Mendelssohn ou Darius Milhaud, les symphonies de Mahler, les opéras d’Offenbach, les chansons de Bob Dylan, les standards de Gershwin ? Il n’y a pas une musique juive, mais des musiques juives. 


A.J.: Le monde juif est un monde dans lequel la transmission est primordiale. Il me semble que c'est aussi ce que vous cherchez à faire...

J-.F. Z : Un musicien doit aussi transmettre et partager, pas seulement composer et jouer. Je me sens de ce point de vue dans la lignée de Glenn Gould et de Leonard Bernstein. 


A.J.: L'improvisation dans la musique classique n'est pas considérée comme très orthodoxe, pourtant vous vous en faites le chantre et avez ouvert une classe au Conservatoire de Paris (CNSMDP) qui lui est consacrée.

J-.F. Z  : Pour moi, l'improvisation est au coeur de la création et de la musique ! Aux XVIIIe et XIXe siècles, les grands compositeurs se faisaient autant connaître par leurs oeuvres que par leurs concerts d'improvisation, et l'on venait de loin pour écouter improviser Bach, Mozart, ou Liszt. Au XXe siècle, le public est devenu plus conservateur, voulant toujours entendre et réentendre le même répertoire, n'admettant l'improvisation que du côté du jazz et des musiques du monde. C'est pourquoi je suis très fier d'avoir fondé il y a une quinzaine d'années la classe d'improvisation au piano du Conservatoire de Paris. C'est une classe magnifique, composée de jeunes gens particulièrement talentueux, virtuoses et inventifs. 


A.J.: Vous avez composé un Kaddish en araméen pour le choeur Spirito, si j'ai bien compris.

J-.F. Z : Le texte du Kaddish ne parle pas de mort ou de tristesse, il glorifie le nom de Dieu, il est une affirmation de la vie, une lumière plus forte que la peine qui nous envahit quand nous perdons nos proches. 


Avec le choeur Spirito : Un Requiem imagiaire 14/6 Festival de Sully - Ciné-concert 25/7 Le Fantôme de l'opéra Chorégies d'Orange - Concerts Lacanau 27/5, Evian 4/6, Tours 7/7, Toulouse 16/7, Lourmarin 27/7 - Sur France Inter « La Preuve par Z », tous les samedis à midi (et podcast) - Sortie 15 septembre chez Sony Cd « L'Alchimiste » (552)

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