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24 Août 2017 | 2, Elul 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique France/Politique

Sarah Halimi : 3 questions sur un assassinat

(DR)

L’assassinat ignoble de cette directrice de crèche de 66 ans, dans la nuit du 3 au 4 avril dernier, et passé sous silence durant deux longs mois, suscite de nombreuses interrogations. En connaissance des éléments du dossier de police communiqué par Me Goldnadel et Me Buchinger, tous deux avocats de la famille, nous tenterons de répondre à trois questions clés sur l’affaire Sarah Halimi.

Comment l’assassin a-t-il pénétré chez Sarah Halimi ?

Le meurtier, Kada Traoré, vivait dans la même résidence que Sarah Halimi, dans le 11e arrondissement de Paris. De chez lui, il ne pouvait pas accéder au balcon de sa victime. Il s’est donc d’abord rendu, à 4h du matin, chez la famille Diara, une famille malienne, comme lui, qu’il connaît bien et dont le balcon de l’appartement, jouxte celui de madame Halimi. Après avoir forcé la porte, celui-ci s’est montré très agité, il récitait fiévreusement des prières en arabe, de sorte que la famille malienne a elle-même pris peur et appelé la police. La famille s’est vite retranchée dans une chambre tandis que la BAC est arrivée trois minutes plus tard. A ce moment-là, Traoré a enjambé le balcon, ouvert la fenêtre de madame Halimi et est entré chez elle. La sortant de son sommeil, il l’a rouée de coups avec une violence inouïe pendant plus d’une heure, sans que personne dans l’immeuble ne daigne lui venir en aide. Pendant qu’il s’acharnait sur sa victime, il récitait des sourates du Coran et criait « Allahou Akbar », dont témoigne une séquence audio de six minutes qu’un voisin a enregistré. Cette pièce à conviction figure dans le dossier de police et corrobore le témoignage de six autres voisins qui ont entendu les cris depuis leur appartement. Le criminel a ensuite attrapé Sarah Halimi encore vivante, par les poignets puis l’a jetée par la fenêtre. Les agents de police resteront, eux, pendant toute cette heure derrière la porte de l’appartement des Diara, attendant des « renforts », c’est-à-dire la BRI. Cette non-intervention est incompréhensible.


L’assassinat de Sarah Halimi était-t-il antisémite ?

C’est à la fois la question la plus absurde et la plus récurrente de l’affaire Sarah Halimi. Ce 23 mai, par exemple, Le Point et Le Monde titrent respectivement leur article : 

« Le meurtre de Sarah Halimi est-il antisémite ? » pour le premier et « Sarah Halimi a-t-elle été tuée parce qu'elle était juive ? », pour le second, optant sciemment pour une tournure de phrase interrogative. Partons du fait que la frilosité de leur auteur est davantage due à un manque d’éléments du dossier qu’à de la mauvaise foi. Ainsi, nous rappellerons, comme l’a fait Me Buchinger lors de la conférence de presse qui s’est tenue le 22 mai dernier, que si le meurtrier n’était soumis qu’à des pulsions morbides, il aurait également tabassé ses voisins maliens. Le tueur avait déjà traité la fille de Sarah Halimi de 

« sale juive ». Sa sœur crachait d’ailleurs à chaque fois qu’elle la voyait. Sarah Halimi avait confié à son frère avoir très peur de lui. Femme orthodoxe, ses petits-enfants venaient la voir le chabbat en kippa et tsitsit, comme le confie William Attal, le frère de Sarah. De tout l’immeuble, c’est elle qu’il a choisi de torturer sous les Allahou Akbar. Que dire de plus ? Certes, la circonstance aggravante de l’antisémitisme n’a pas été retenue par le parquet de Paris à l’ouverture de l’enquête, mais pour rappel, cela n’avait également pas été le cas après l’assassinat d’Ilan Halimi.


Pourquoi cette indifférence des médias nationaux ?

Un mystère. On peut cependant tenter d’explorer quelques pistes. L’avocat Me Buchinger en a lui-même esquissé quelques unes lors de la conférence de presse. Tout d’abord, le fait que la famille était en deuil durant les sept jours puis les trente jours qui ont suivi l’enterrement, comme le veut la pratique juive et que l’enterrement se soit déroulé en Israël (au cimetière Givat Sahaul, là où repose également le corps d’Ilan Halimi, avec l’histoire semblable que l’on connaît). Ensuite, le dossier judiciaire n’a été confié aux avocats que le 19 avril. Trois longues semaines durant lesquelles Meyer Habib a longuement interpellé, témoignages à l’appui, sur ce meurtre abominable qui venait de se produire, mais le député prêchait pour ainsi dire, dans un désert médiatique. Sans éléments « tangibles », nombre de personnes craignaient de participer au développement d’une fausse rumeur et aucun journaliste n’a pris la peine d’enquêter pour en avoir le cœur net (Précision : Actualité Juive a couvert l’affaire longuement et ce dès le lendemain du meurtre). Un autre élément est également à prendre en compte et pas des moindres : ce meurtre est arrivé en pleine campagne présidentielle. Quelqu’un aurait-il eu intérêt à ce que ce meurtre soit passé sous silence pour tel ou tel intérêt ? La question se doit d’être posée, vu le silence assourdissant que l’affaire a suscité. Chacun tirera ses conclusions, le principal étant que justice soit faite. 

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