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24 Août 2017 | 2, Elul 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique Israël

Philipe Boukara : Un temps pour se plaindre, un temps pour se réjouir

Balfour et le texte de la Déclaration. (Wikipedia)

Les perpectives de la semaine par Philipe Boukara, historien.

Le centenaire de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 fait l'objet d'une bataille mémorielle, évoquée par Actualité Juive dans son dernier numéro : Mahmoud Abbas a proclamé devant l'assemblée générale de l'ONU, en septembre dernier, que l'Autorité palestinienne réclamait des excuses du Royaume-Uni ; puis un de ses porte-paroles a annoncé, le 25 avril, que le gouvernement britannique ayant répondu négativement à cette demande (et ayant même prévu une commémoration officielle avec le premier ministre israélien), l'Autorité palestinienne entendait déposer une plainte pour obtenir gain de cause sur le terrain judiciaire. Sans entrer dans cette querelle qui peut-être n'aura aucune suite, mieux vaut tenter de mettre en perspective le bref document signé par Lord Balfour pour en évaluer la portée.

La déclaration Balfour est très prudente dans sa formulation. Elle ne parle pas d'un Etat, mais d'un « foyer national pour le peuple juif ». Elle situe ce foyer « en Palestine », sans aucunement en préciser les limites territoriales, sans préciser non plus les moyens concrets de le créer. Elle insiste sur « les droits civils et religieux des collectivités non-juives existantes en Palestine » auxquels rien ne devra porter préjudice.

Surtout, la déclaration Balfour, si elle est effectivement favorable à la cause sioniste, ne peut être séparée des deux documents qui l'ont précédée : la correspondance Mc Mahon-Hussein de 1915, qui promettait à la famille hachémite la création d'un grand royaume arabe indépendant ; et les accords Sykes-Picot de 1916 qui garantissaient à la France une prééminence en Syrie et au Liban. En faisant trois promesses contradictoires, l'Empire britannique voulait d'abord hâter la disparition de l'Empire ottoman et recueillir la plus grande part possible de son héritage, au moindre coût militaire, puisque une Légion arabe, une Légion juive et un contingent français se battaient aux côtés de son armée. Le prince Feyçal était prêt à une entente cordiale avec les sionistes, avant que les Français ne l'empêchent par la force de s'installer à Damas comme souverain.


« La paix future sera à ce prix »

« Comment livrer la marchandise ?», telle est la problématique classique de la diplomatie secrète lorsqu’elle est soumise à l'épreuve de la réalité. De ce point de vue, la politique britannique n'a certainement pas été une politique de soutien unilatéral au sionisme en opposition au nationalisme arabe. Dans les premières années du Mandat, l'armée de Sa Majesté a évité à la population juive une éradication qui n'aurait pas manqué de se produire si les violences arabes n'avaient pas été canalisées. Le travail constructif a pu se poursuivre grâce à la mobilisation d'une grande partie du monde juif. Mais dès 1930, les engagements de la Déclaration Balfour ont failli être annulés, et ils l'ont été effectivement par le Livre blanc publié au printemps 1939 : restriction drastique des possibilités d'alyah, gel des achats de terres. L'apaisement du nationalisme arabe devint alors une priorité, aux dépens de la survie des Juifs menacés de mort en Europe, et il dura jusqu'au dernier jour du Mandat, le 14 mai 1948, alors même que la défaite du nazisme avait rebattu les cartes géopolitiques.

La politique britannique, essentiellement égoïste, a été autant pro-arabe après 1939 qu'elle avait été pro-sioniste auparavant. La narration historique d'ajourd'hui doit tenir compte de ces contradictions et faire en sorte que les parties en conflit ne se présentent pas seulement comme des victimes, et les seules victimes, mais admettent que leur bon droit est relatif et n'annule pas le bon droit de l'adversaire. La paix future sera à ce prix. Le plus tôt sera le mieux. 

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