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22 Mai 2017 | 26, Iyyar 5777 | Mise à jour le 22/05/2017 à 16h34

Chabbat Bamidbar : 21h21 - 22h43

Rubrique Israël

Brigadier général (res.) Nitzan Nuriel : « 2017 sera une année sanglante en Europe »

(dr)

Ancien conseiller antiterroriste de Binyamin Netanyahou, son nom avait suscité l’intérêt des médias internationaux l’an dernier après qu’il eut conseillé la ville de Cannes à la veille du Festival. Invité à Paris le 16 mai par l’Europe Israel Press Association (EIPA), ce spécialiste mondialement reconnu a accordé une interview exclusive à Actualité juive.

Actualité Juive: La France a désormais un nouveau président à sa tête. En tant qu’expert, que conseilleriez-vous à Emmanuel Macron pour vaincre le terrorisme islamique ? Quelles devraient-être selon vous ses priorités ? 

Nitzan Nuriel : J’ai eu le privilège de discuter à plusieurs reprises avec François Hollande au sujet du terrorisme. A son successeur, je dirais que combattre le terrorisme n’est pas un « hobby » ; c’est un besoin impérieux. Cela nécessite de prendre des décisions, de s’appuyer sur une expertise autour de vous. La première priorité devrait être l’intégration de toutes les agences, en mettant à l’écart les batailles d’ego, afin de permettre une collaboration plus efficace et d’obtenir de meilleurs résultats. En France, le travail interagences fonctionne mal.  


A.J.: Estimez-vous que l’Europe connaîtra une flambée de violences terroristes dans les prochains mois, sur fond de repli de l’Etat islamique en Irak et en Syrie ? 

N. N. : Je pense que 2017 sera une année particulièrement sanglante en Europe. L’organisation Etat islamique perd du terrain en Irak et en Syrie et a besoin de démontrer que, malgré ses défaites, elle est toujours en mesure de lancer des attaques. Au regard des renseignements en notre possession et de notre analyse de son mode de fonctionnement, je pense que l’EI prépare de plus en plus d’attentats sur le sol européen, et pas seulement en France. Avec un message clair : « Nous sommes toujours vivants ».


A.J.: Quelle assistance Israël peut-il apporter aux Etats occidentaux face à la menace terroriste ? 

N. N. : De manière générale, nous sommes prêts à collaborer avec tous ceux désireux de lutter contre le terrorisme. Depuis plusieurs années, nous proposons notre expertise à la France et notre coopération se révèle excellente. Nous rencontrons des responsables d’agences, nous présentons notre expérience et parfois notre technologie. Certains Etats mélangent politique et professionnalisme. Pour ma part, je conseille aux responsables européens de laisser de côté la politique et de se servir des avantages de l’expérience israélienne pour combattre le terrorisme. Nous considérons que la lutte contre le terrorisme implique de mettre sur pied un réseau. Le terrorisme forme un réseau. Vous avez besoin par conséquent d’un réseau plus large pour le contenir et donc d’une solide coopération. Celle-ci existe mais nous devons aller plus loin. J’insiste en particulier sur l’importance de multiplier les exercices. La plus grande brèche que j’ai observée en France concerne le manque de simulations. Sans exercice, lorsqu’un drame survient, la réponse est trop tardive et trop lente. Le nombre de victimes est dès lors très élevé. 



« Se servir des avantages de l’expérience israélienne pour combattre le terrorisme »

A.J.: Depuis l’an dernier, vous collaborez avec la municipalité de Cannes pour sécuriser notamment le Festival. Quel rôle y jouez-vous ? 

N. N. : Mon rôle était, l’an dernier, d’assister la ville de Cannes à la préparation à tout type de catastrophe. Notre collaboration a démarré suite aux intempéries qui ont touché la Côte d’Azur en octobre 2015. Le maire de Cannes [le républicain David Lisnard, NDR] a pris conscience à ce moment-là qu’il ne disposait pas des outils pour faire face à différents types de sinistre. Avec une équipe, j’ai commencé à mettre en place ces instruments de gestion. Le Festival de Cannes a servi d’étude de cas : comment la municipalité, avec l’appui des autres agences, peut-elle se préparer au mieux en vue d’un grand événement de ce genre ? Lorsqu’un maire prend ses responsabilités, fait preuve de pro-activité, vous pouvez, en un an, augmenter radicalement les performances dans la préparation à la plupart des scénarios. 


A.J.: Comment les populations peuvent-elles apprendre à vivre avec une menace latente ? 

N. N. : J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise nouvelle est que le terrorisme va demeurer dans nos vies pour toujours, à l’instar de la criminalité. Personne n’aime la violence, les vols, les armes, mais la société apprend à vivre avec cela. C’est la même chose pour le terrorisme. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes plus forts pour combattre le terrorisme. La population doit savoir deux choses. D’abord, si vous entendez des tirs quelque part, il faut vous cacher. Pourquoi ? Parce que, désarmé, vous ne pouvez rien faire face à quelqu’un qui porte un fusil. Mais si vous voyez quelqu’un avec un couteau, battez-vous. C’est le seul moyen d’arrêter ce terroriste avant qu’il ne commette une tuerie de masse. Si deux ou trois personnes se jettent sur lui, elles le neutraliseront. Je conseille toujours aux responsables politiques de constituer une équipe de première intervention, disponible en une minute. La différence entre une attaque faisant quelques morts et une autre dont le bilan serait beaucoup plus lourd, se joue sur la rapidité avec laquelle les premières forces interviennent. 

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