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24 Août 2017 | 2, Elul 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique Judaïsme

Mickael Journo : La persévérance n'est pas l'obstination

Mickael Journo (DR)

Les perpectives de la semaine par Mickael Journo, rabbin de la Communauté de Chasseloup-Laubat Aumônier général des hôpitaux de France.

Certains individus se caractérisent par leur obstination à vouloir quelque chose -leur vie s’y enferme et rien ne peut les en distraire, aucun obstacle ne les fait renoncer. Ceux qui s’opposent à leurs desseins, se transforment souvent en ennemis. Cette attitude s’apparente-t-elle à une volonté forte, à une détermination efficace ? On peut en douter, car croiser ce type de personne c’est souvent être confronté à de la tension, à une réalité restreinte où la volonté blesse par ses excès. Ces rencontres ne sont pas sans risque, l’irritation nous gagne quand bien même leurs objectifs sont justes. Ces derniers d’ailleurs nous aident aussi à mieux situer les démarches.

Quelle est la volonté morale de leurs actions ? Agissent-ils pour une bonne cause, dans l’intérêt général ou pour  un intérêt personnel qui leur apportera pouvoir ou gloire ?

La réalité de ce questionnement est de nous amener à nous interroger sur la frontière qu’il peut y avoir entre l’obstination et ses effets malsains et la persévérance qui s’inscrit dans le Mieux-être du monde.

Dans la Thora, on croise des situations qui peuvent nous faire réfléchir à cette frontière où la raison se transforme en déraison, du fait d’un entêtement fanatique. Lorsque nous pensons à l’acharnement, il nous vient à l’esprit l’attitude de Pharaon qui prêt à libérer les enfants d’Israël, revient sur ce principe et s’y refuse en dépit des plaies qui s’abattent sur son peuple et l’Egypte. Ainsi, à chaque fois que l’occasion lui est donnée d’ouvrir les portes de la liberté au peuple d’Israël, Pharaon ne peut s’y résoudre même si sa décision génère le malheur. En dépit de la violence des plaies, il s’obstine. Bien sûr, pour celui qui se voit le plus puissant du monde et qui pense être servi par les plus grands Dieux de l’Univers, ces échecs peuvent être ressentis douloureusement.

L’exemple d’Abraham dans sa confrontation au divin dans le cas de Sodome et Gomorrhe nous montre une situation où en dépit de l’opiniâtreté d’Abraham à sauver ces villes, pour épargner les justes qui s’y trouvaient, s’avère vaine. Il ne parvient pas à empêcher le bras transcendant de s’abattre et à éliminer les villes pécheresses.

Pourtant Abraham en voulant sauver ces deux villes était guidé par la volonté d’éviter un malheur, de protéger les justes qui vivant à Sodome ne parvenaient pas à  changer l’ordre des choses- qu’il y ait des justes ou non dans cette ville ne change rien à la démarche d’Abraham, son plaidoyer ne visait que la justice bonne et peut-être de la souffrance car même après la destruction de ces villes, Abraham  notre patriarche ne changea pas d’avis.

En comparant le cas d’Abraham avec celui de Pharaon, on comprend que même s’il ne réussit pas, sa volonté était guidée par le Bien. Mais il ne pouvait s’opposer à la volonté divine.

Si on doit distinguer l’obstination de la persévérance ou de la volonté ferme, parmi les dimensions essentielles à considérer se trouve la raison qui pousse à agir et, le Bien qui nous inscrit dans l’éthique.

L’obstination c’est être guidé par l’ego que la cause soit bonne ou non. Elle est souvent conditionnée par une volonté narcissique, la persévérance c’est se dépasser c’est-à-dire s’oublier au profit d’une cause  juste.

La frontière entre la persévérance et l’obstination est parfois difficile à établir. L’excès peut être un mal, mais la mollesse dans l’action peut être tout aussi mauvaise car comme l’écrivait G.B Shaw «  L’homme raisonnable s’adapte au monde, l’homme déraisonnable  s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable. »

Au-delà de la pertinence de la citation, si tel était le cas, il faudrait s’en inquiéter, car un monde qui s’organiserait autour de l’irrationalité nous inscrirait dans une évolution pour le moins paradoxale.

Peut-être n’est-ce pas l’homme déraisonnable qui favorise le progrès mais celui qui a l’audace de regarder les choses différemment, avec innovation et crée une brèche dans l’habitude de penser. 

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