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19 Octobre 2017 | 29, Tishri 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Judaïsme

Le rouleau de Ruth et la fête de Chavouot

On a l’usage de lire le rouleau de Ruth à l’occasion de la fête de Chavouot. L’histoire de cette héroïne biblique constitue, en effet, l’expression d’un certain nombre de leçons fondamentales de la fête qui célèbre le don de la Torah.

La fête de Chavouot est désignée, dans la Torah (Exode 23, 16), comme étant « la fête de la moisson ». Or, l’histoire de Ruth se passe précisément à l’époque des moissons. Moissonner consiste à détacher un végétal de son lieu de développement naturel. Moissonner sur le plan symbolique, c’est donc arracher un élément de sa condition terrestre initiale. Ruth a glané dans les champs, au moment de la moisson, mais elle est aussi parvenue à s’extirper de son état originel ; elle a changé sa trajectoire de vie, s’est détachée d’un monde pour en intégrer un nouveau.

Le moment du don de la Torah a été celui de l’engagement des enfants d’Israël à rester fidèles à l’alliance contractée avec D.ieu : « Nous accomplirons et nous comprendrons ! » s’étaient exclamés les Hébreux au pied du mont Sinaï, promettant d’assumer le mode de vie particulier, enjoint par la Torah. Une formule d’adhésion similaire a été prononcée par Ruth à sa belle-mère : « Ton peuple sera mon peuple, ton D.ieu sera mon D.ieu ». Elle s’inscrit dans l’histoire juive qui s’est façonnée et construite autour de la vie religieuse. Elle incarne du coup le prototype de la prosélyte authentique, désintéressée, uniquement animée par l’aspiration à intégrer la communauté de l’alliance, alliance fondée par la révélation divine.  

L’histoire de Ruth évoque aussi l’un des points les plus importants concernant notre approche de la Torah : sur le Sinaï, ce sont deux Lois qui ont été transmises et non une seule: la Torah Ecrite et la Torah Orale qui interprète, précise, clarifie le texte biblique. C’est ainsi la loi Orale – qui sera plus tard consignée dans le corpus talmudique – qui précise que la loi qui défend au moabite (après sa conversion au judaïsme) d’épouser un conjoint juif ne concerne que les hommes, non les femmes. C’est pourquoi Ruth la moabite épouse Boaz. La Loi Orale constitue la grille de lecture juive de la Torah ; l’histoire de notre héroïne le rappelle clairement.


Des sentiments altruistes

Par ailleurs, cette histoire de Ruth est un récit de bonté : ces personnages font preuve de générosité, de sentiments altruistes, de compassion, d’entraide, d’empathie. Ce rouleau exprime de cette façon la quintessence même de la Torah – Torat ‘hessed – Loi de bonté – loi ayant érigé la bonté en norme, en obligation. Ainsi, même l’homme qui n’est pas bon naturellement fait preuve de bonté par obligation morale et devient bon par ce biais. 

Enfin, la dynastie messianique prend une ampleur considérable à la fin de la Méguila puisqu’il y est question de la naissance de David, ancêtre du Messie. L’évocation du Messie lors de la fête de Chavouot rappelle la dimension messianique de la Torah, libératrice, salvatrice. Selon la tradition rabbinique, rappeler la naissance de David à Chavouot est particulièrement significatif puisque c’est en ce jour que David a quitté ce monde ; comme pour signifier que le projet davidique – concrétisation du rêve messianique – ne saurait disparaître. Il en est même revigoré grâce à la Torah, qui à nous, une nouvelle fois, est donnée.

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