Default profile photo

21 Octobre 2017 | 1er, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Presidentielle en Iran : Hassan Rohani en ballotage

Hassan Rohani et Ebrahim Raissi (Wikipedia)

L’architecte de l’accord sur le nucléaire iranien est menacé par l’ultra-conservateur Ebrahim Raissi.

Rohani favori ? 


La nouvelle est tombée lundi et pourrait relancer l’issue de l’élection présidentielle iranienne, dont le premier tour aura lieu le 19 mai prochain. Le maire de Téhéran, Mohammed Bagher Ghalibaf, a annoncé sa décision de se retirer de la course, au profit de l’autre candidat conservateur Ebrahim Raïssi, un religieux « ultra ». Avec son turban noir autour de la tête, signe de sa filiation au prophète de l’islam Mohammed, ce « seyyed » fait désormais figure d’adversaire numéro un du président sortant, Hassan Rohani. 

« Avant le dernier débat télévisé, vendredi dernier, des sondages nationaux officiels accordaient 46,6% à Hassan Rohani, 26,7% pour Ebrahim Raissi et 24,6% pour Mohammed Ghalibaf. Mais 56% de la population se montrait encore indécise », analyse pour Actualité juive, Amélie Myriam Chelly, chercheuse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS-CADIS). « Il semble que le débat ait plutôt poussé ces indécis dans les bras de Rohani, ce qui a pu motiver Ghalibaf à se retirer de la campagne pour favoriser M. Raissi ».

Quelle sera la portée du report de voix des pro-Ghalibaf en faveur du candidat favori des forces conservatrices du pays ? « Certains électeurs de Ghalibaf, sensibles à son passé militaire, refuseront de voter pour un mollah et préféreront l’abstention ». Un second tour pourrait toutefois être nécessaire pour départager les deux adversaires. 


Ebrahim Raissi, figure de proue des conservateurs 


Attaqué sur son bilan économique, Hassan Rohani a répliqué en se montrant particulièrement offensif contre l’emprise, politique et économique, des Gardiens de la Révolution.  « Nous avons vu comment ils ont écrit des slogans sur les missiles pour que nous ne puissions pas profiter de l’accord » sur le nucléaire iranien, persiflait-il lors du deuxième débat télévisé, le 5 mai. Pour Amélie Myriam Chelly, qui publie ces jours-ci « Iran, autopsie du chiisme politique » (Editions du Cerf, 

24 ?), le chef d’Etat sortant cherche à démontrer que la modernisation en cours des infrastructures profitera à terme à la population. « Il rappelle que ces mêmes personnes qui le critiquent aujourd’hui sont les premières à avoir bénéficié des sanctions internationales ». 

Alors qu’un troisième candidat, Mostafa Mirsalim, essaie tant bien que mal de sortir de l’anonymat, Ebrahim Raïssi surfe lui sur sa proximité avec le Guide suprême, Ali Khamenei, qui l’a nommé, en 2016, à la tête de la fondation Astan-e Qods. « Cette fondation est destinée à entretenir le tombeau de l’imam Reza à Machhad et à venir en aide aux nécessiteux. Or seulement 10% des milliards brassés par l’organisme revient en réalité aux pauvres. Raïssi est détesté pour cela par une partie des Iraniens », décrypte la spécialiste de l’Iran. L’image du religieux est également dégradée par son rôle de juge lors de procès politiques à la fin des années 1980. 


L’accord sur le nucléaire en suspens ? 

 

L’accord sur le nucléaire iranien, signé en juillet 2015, avec les représentants de la communauté internationale (P5+1), constitue l’une des lignes de fracture entre les candidats. « Les débats sont articulés autour de l’accord de Vienne », confirme Mme Chelly. « En apparence, on a d’un côté des réformateurs qui défendent l’ouverture vers l’Occident et l’accord, et de l’autre, des conservateurs qui seraient opposés à ces deux options. En réalité, ce clivage est trompeur. En Iran, le Guide suprême est le véritable chef d’Etat. Or si le réformateur Rohani a pu mettre en place les conditions nécessaires à la signature d’un accord, cela n’a pu se faire qu’avec son aval ». Autrement dit, M. Raïssi pourra difficilement revenir sur le compromis de 2015.

Mais par-delà l’avenir du dossier nucléaire, la présidentielle pose en creux la question de la succession de M. Khamenei. Certains évoquent l’hypothèse d’une ascension en deux temps pour Ebrahim Raïssi, en cas de victoire ce mois-ci : la présidence de la République islamique puis, à la mort du leader politico-religieux à la santé fragile, la Guidance suprême.

Powered by Edreams Factory