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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Communauté

Joël Mergui : « Les juifs français construisent leur avenir »

(DR)

A quelques jours de la soirée des Fondateurs mercredi 28 juin à l’Hôtel de ville en présence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, Sidney Tolédano le PDG de Christian Dior Couture et Francis Huster, Joël Mergui fait un bilan d’étape du Centre Européen du Judaïsme qui sera livré à la communauté d’ici la fin de l’année.

Actualité Juive: Les travaux du Centre Européen du Judaïsme avancent conformément au calendrier que vous aviez fixé. A quel stade du projet en êtes-vous actuellement ? 

Joël Mergui : Dans une phase intermédiaire. Nous n’en sommes pas encore aux réjouissances de l’inauguration et il nous reste l’intérieur à finir. Le Centre Européen du Judaïsme fait la démonstration que la communauté juive de France investit dans l’avenir et que le judaïsme français n’est pas dans le renoncement. Ce n’est pas parce qu’il y a de l’antisémitisme et qu’une partie de nos coreligionnaires quitte la France qu’il ne faut pas s’occuper de ceux qui restent. J’ai toujours pensé et je le redis avec force qu’on doit s’occuper au contraire encore plus de ceux qui ne partent pas. Aujourd’hui, quand on passe à l’angle du boulevard de Reims et de l’avenue de Courcelles, on peut voir le bâtiment. Après tant d’années à l’avoir rêvé, c’est une grande émotion de le voir enfin se construire. 


A.J.: Vous est-il tout de même arrivé de douter de la nécessité d’un bâtiment juif de cette envergure pour la communauté ?  

J.M. : La question ne se posait pas du tout au moment où nous avons commencé le projet au début de ma mandature, il y a dix ans. Nous étions dans une phase de développement du judaïsme français. Nous sommes désormais dans un autre type de mouvement. Certains s’interrogent encore sur leur avenir et quitteront peut-être la France pour faire leur Alyah mais d’autres, qui vivaient jusqu’ici en retrait, ont commencé à s’interroger sur leur identité juive en réaction à la vague d’antisémitisme et d’antisionisme. Ce retour aux racines, que j’appelle l’Alyah interne, est fondamental pour répondre aux défis à venir de la communauté. Il faut encourager cet élan, lui donner les moyens de s’exprimer dans des structures. Ce mouvement va de pair avec le déplacement géographique de la population juive observé depuis plusieurs années et ce n’est pas un hasard si nous construisons le CEJ au centre de l’Ouest parisien, à la limite de Levallois et de Neuilly, au cœur de la plus grande communauté juive de Paris et d’Europe. 


A.J.: Que proposera le CEJ à la communauté ? 

J.M. : Le bâtiment n’est pas pharaonique. Il est probablement l’un des plus grands qui existe et dans ce centre moderne et hautement sécurisé, il y aura toutes les activités culturelles, éducatives et artistiques possibles en lien avec la vie juive. Nous travaillons à faire du CEJ un espace dynamique et accueillant qui soit un pôle d’innovation, de création et un terrain d’expérimentation de programmes pilotes qui pourront être déclinés dans les communautés. Notre offre variée et éclectique sera bien sûr en fonction des moyens financiers que nous obtiendrons mais dépendra aussi du soutien de nos partenaires que sont les communautés, ainsi que l’Etat, la région Ile-de-France, la ville de Paris, la FMS et les Fondations Rothschild et Safra. D’ores et déjà, nous avons reçu l’adhésion de nombreux artistes et intellectuels. Centre culturel mais aussi synagogue, le CEJ aura aussi une composante institutionnelle puisqu’un certain nombre des bureaux de l’administration consistoriale, notamment ceux qui accueillent le public, emménageront dans le XVIIe. C’est un nouveau souffle pour notre institution, il nous permet de repenser notre relation de service à la communauté. 


« Le Centre Européen du Judaïsme sera un pôle d’innovation et de création »


A.J.: Comment traduirez-vous la dimension européenne du CEJ ? 

J.M. : Nous avons beaucoup de combats communs à mener avec les communautés juives d’Europe sur de nombreux sujets qui portent sur le cœur de notre identité, sur notre modèle de transmission et nos valeurs qui sont l’essence de la vie juive. Plus grande communauté juive d’Europe, la France a une responsabilité particulière et un rôle moteur à jouer dans la poursuite des échanges actuels au niveau européen. Maison des cultures juives d’Europe, les échanges entre responsables des communautés juives européennes seront favorisés. La jeunesse sera aussi au cœur du CEJ. La nôtre est extraordinaire mais entretient-elle suffisamment de liens avec la jeunesse juive à l’échelle européenne ? Trop peu. D’où les programmes que nous allons axer sur la mobilité des jeunes en leur offrant un nouveau lieu de rencontre, de travail et d’épanouissement.


A.J.: Qu’attendez-vous de la soirée des Fondateurs organisée le mercredi 28 juin à l’Hôtel de ville ?

J.M. : A la fois rendre compte de l’état d’avancement du projet à celles et ceux qui nous ont soutenus dès le départ et associer de nouveaux donateurs qui veulent aujourd’hui contribuer à ce qui est en passe de devenir une réalité. Nous voulons aussi remercier nos partenaires pour avoir été à nos côtés, en particulier ces dernières années, notamment après les attentats antisémites, quand les doutes pouvaient s’installer sur notre avenir en France. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin plus que jamais de tous les soutiens. Quel message aurions-nous donné et donnerions-nous à la France et à la communauté si nous avions renoncé ? Profondément enraciné dans l’histoire de France, le judaïsme français reste résolument tourné vers l’avenir et entend montrer cet exemple avec confiance. Tant que les gouvernements successifs soutiendront notre présence comme une évidence et permettront notre épanouissement au-delà des mots, je continuerai à croire et à dire que nous avons toujours un avenir en France.

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