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22 Août 2017 | 30, Av 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique Judaïsme

Parachath Béaalotéha : Le plus humble des hommes

Cette paracha, riche en événements, occupe une place particulière dans la Tradition puisque, pour la première fois, elle va nous révéler l’un des aspects de la personnalité de Moché. Il fut l’homme le plus humble que la terre ait porté, nous précisera un verset de la fin de la paracha (1).

A différentes reprises, la Tradition nous rapporte des remarques que fit Moché lorsqu’il écrivit la Thora sous la dictée de D.ieu. Or, il n’est fait aucune mention d’un quelconque étonnement ou d’une gêne de Moché à l’énoncé d’un verset qui le décrit comme l’homme qui était très humble ! Force est donc d’admettre que l’humilité n’a rien à voir avec la contrition ou la discrétion comme l’imagine la croyance populaire. Il ne s’agit là que des conséquences de l’humilité. La définition propre de cette qualité est ailleurs.


Connaître sa mission

Pour le comprendre, on prendra le chemin inverse de l’humilité : en expliquant ce qu’est l’orgueil, on pourra saisir le sens de l’humilité. L’orgueil est une tendance à s’attribuer des qualités ou des compétences que l’on ne possède pas. D.ieu a créé chaque être humain avec un périmètre d’actions et de forces bien déterminées. Le but de l’existence consiste à exploiter ce potentiel pour réussir la mission que D.ieu a confiée à chacun d’entre nous. De ce constat découle une réalité que personne ne doit ignorer : chaque être humain doit faire un effort considérable pour rechercher en lui, le contour de cette mission et connaître ses forces intérieures pour la mener à bien. Cependant, l’amour inconsidéré de notre personne nous amène au-delà de nos compétences et nous fait croire que nous sommes capables d’aller très loin. Et c’est là que l’orgueil prend naissance, générant toutes sortes de fautes : on prend la place de l’autre, on l’humilie, se croyant plus grand que lui ou encore, on se permet de lui donner des leçons, etc.


Les futilités du monde

Pour Moché, c’était complètement différent. Son humilité était l’aboutissement d’un travail sur sa personne. Ce travail l’avait amené à connaître parfaitement les limites de sa place dans le monde et ne jamais aller au-delà. Puisqu’il connaissait les limites de sa mission, il était en paix avec chaque Juif. Cette dernière précision nous apportera un éclairage sur une Michna des Pirké Avoth (2) qui nous donne l’exemple d’une controverse animée de sentiments purs. C’est celle qui opposa Hillel et Chamaï. Mais quand elle donne l’exemple d’une controverse dont les motifs n’étaient pas purs, elle évoque celle de Kora’h et son groupe. Les commentateurs s’interrogent sur le parallèle entre les deux controverses : pour la bonne controverse, on parle de deux opposants, Hillel et Chamaï. Alors que pour la mauvaise, on n’évoque qu’un seul bord, Kora’h et non Moché, à qui il s’opposa. Comment expliquer cette différence ? Kora’h chercha à s’accaparer le pouvoir de Aarone, pour lequel il n’était pas destiné. Son orgueil déclencha une guerre contre Moché qui lui, n’était en guerre contre personne puisqu’il connaissait les limites de sa mission sur terre ! Ce dernier point sera porteur d’un enseignement capital pour la qualité de nos relations humaines : quand un homme est occupé, comme le fut Moché, à ne se soucier que de la mission pour laquelle il a été envoyé sur terre, il ne rentre en guerre contre personne. Se soucier de sa mission signifie faire attention à ses paroles, à ses gestes, et à rechercher la vérité au plus profond de soi. Dès lors, cette démarche intérieure peut-elle conduire un homme à chercher querelle à son prochain ? Non car quand un homme est profond, les futilités du monde extérieur ne l’affectent pas. 


Note


(1)  Bamidbar, chap. 12, verset 3

(2) Michna 17 du chapitre 5

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