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18 Octobre 2017 | 28, Tishri 5778 | Mise à jour le 17/10/2017 à 17h56

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Le prince héritier saoudien qui mène la guerre à l’Iran

Mohammed Ben Salman (DR)

Le choix de MBS comme successeur du roi Salman valide l’orientation modernisatrice et anti-iranienne du régime.

En désignant, par 31 voix contre 3, Mohammed Ben Salman comme prince héritier, le 21 juin, le conseil d’allégeance saoudien a fait entrer le royaume dans une nouvelle ère. Le changement d’époque se lit d’abord sur les visages. 

« MBS » est un trentenaire ambitieux (31 ans) quand les derniers souverains accédaient au trône à un âge avancé : Fahd (61 ans en 1982), Abdallah (81 ans en 2005) et Salman (80 ans en 2015). Ce dernier, considéré très vite par les spécialistes comme un roi de « transition », avait déjà engagé les germes de ce renouvellement générationnel en héritant du pouvoir il y a deux ans. Son choix d’écarter son demi-frère, Muqrin, pour nommer Mohammed Ben Nayef prince-hériter avait marqué une rupture nette dans les usages. La tradition voulait en effet que le pouvoir se transmette entre les fils du fondateur du régime, Ibn Saoud, en 1932. 

En plaçant aujourd’hui le fils aîné de sa troisième femme en position préférentielle, Salman, à la santé déclinante, met la dernière main sur la refonte de l’élite politique saoudienne. « Il marche avec une canne et, lorsqu’il rencontre des responsables étrangers, s’installe devant un écran d’ordinateur pour se souvenir de ses sujets de discussion », rapporte Simon Henderson, chercheur au Washington Institute. « Autrefois réputé pour être la mémoire institutionnelle de la maison des Saoud, Salman […] s’appuie de plus en plus sur MBS pour le conseiller, l’estimant apparemment comme la quasi-réincarnation du roi Ibn Saoud ».  

Comme en 2015, la décision de Salman fait une nouvelle victime, le désormais ex-prince héritier, Mohammed Ben Nayef. Fils et successeur à l’Intérieur du redouté Nayef, à l’origine de la guerre sans merci menée par le royaume contre Al Qaïda dans les années 2000, « MBN », 60 ans, risquait de faire de l’ombre à son cousin. Jamais véritablement remis de la tentative ratée d’attentat-suicide dont il a fait l’objet en 2009, par un membre d’Al Qaïda, son recul dans l’ordre dynastique solde sa défaite.

L’ascension fulgurante de MBS l’a vu prendre part ces dernières années aux principaux dossiers chauds du royaume, après avoir gagné ses galons au ministère de la Défense où il succèdera à son père. Son projet de modernisation du royaume, baptisé « Vision 2030 », vise à mettre sur les rails la diversification de l’économie saoudienne, jusqu’ici excessivement dépendante du pétrole. On le retrouve ainsi à la baguette de l’ouverture, très limitée (5%), du capital de la compagnie pétrolière nationale, Saudi Aramco. Des réformes perçues comme une nécessité pour répondre au défi de l’emploi d’une population très jeune (70% des Saoudiens ont moins de 30 ans), dans un contexte de repli des revenus issus de l’or noir et de chômage substantiel (11,6%) 

Plus moderne sur le plan culturel, « MBS » semble décidé à faire profiter son pays de certains atouts de la mondialisation. 

La scène internationale, terrain favori des ambitions de l’influent leader. Considéré comme un « faucon », il est à la manœuvre dans l’intervention saoudienne au Yémen, au bilan très mitigé pour le royaume. L’architecte de la mise au ban du Qatar, ces dernières semaines, c’est également lui, en compagnie de son acolyte du même âge, Mohammed Ben Zayed (« MBZ), prince héritier d’Abou Dhabi. Principe directeur de ces initiatives : la lutte à distance avec l’Iran. MBS se positionne aujourd’hui comme le champion de la cause sunnite face aux desseins hégémoniques de Téhéran au Moyen-Orient. Ce tropisme anti-iranien rencontre en ce sens l’inflexion ferme de l’administration Trump sur ce dossier. L’entente renouvelée américano-saoudienne, rompant avec la brouille des années Obama, repose notamment sur la proximité de Mohammed Ben Salman avec le conseiller spécial du président républicain, Jared Kushner. Une alliance bien vue en Israël pour qui MBS fait figure de partenaire essentiel contre l’Iran.

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