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20 Août 2017 | 28, Av 5777 | Mise à jour le 28/07/2017 à 13h41

26 août 2017 - Chabbat Choftim : 20h28 - 21h35

Rubrique Culture/Télé

Samuel Zittoun : « La littérature aide la médecine »

(DR)

A 29 ans, Samuel Zittoun, interne en psychiatrie, a publié quatre recueils de poésie. Au travers de son œuvre rafraîchissante, il nous permet d’entrevoir les horizons littéraires que la médecine peut offrir et le lien qui unit ces deux disciplines.

Actualité Juive: L’écriture poétique aide-t-elle au soin chez les patients présentant une maladie psychique ?

Samuel Zittoun : Je dirais que de façon plus large, la littérature aide la médecine dans son ensemble. Le but premier de la parole – et de l’écriture – dans le soin est de remettre en mots ce qui semble impossible à dire. L’une des premières choses visibles dans la maladie psychique est la modification du langage. De la même façon, que peut dire un patient lors de la découverte d’une maladie grave ? Et en miroir, comment les soignants trouveront-ils les mots justes ?  Il y a parfois un temps de silence, puis il faut accompagner, soutenir, donner et recevoir des mots. La poésie est alors d’une aide précieuse, elle peut être légère ou profonde, ou encore d’une légèreté profonde. Elle permet d’écrire et de décrire autrement la souffrance, la maladie, la mort. Elle permet de prêter une voix à ceux qui l’ont égarée, de témoigner, de partager. Je dois dire que ce sont les patients qui nous enseignent le mieux la médecine. Ils aident également à la poésie ; à l’hôpital elle se manifeste de façon imprévisible : un regard, un sourire, un morceau de vie raconté.


A.J.: Vous exploriez ce lien dans votre avant-dernier recueil « Mots Immuns » (éditions Alfabarre, 2014). Que signifie ce titre ? Quel message souhaitiez-vous faire passer ? 

S. Z. : Pour quelle raison « Mots immuns » ? Immun veut dire qui est immunisé ou qui intervient dans le processus d’immunisation. Donc des mots qui protègent.  Il existe aujourd'hui une tendance à enseigner la médecine sous une forme très technique. On « QCM », on schématise, on étiquette. On fait entrer les personnes dans des cases, si bien qu’elles deviennent alors plus des diagnostics que des êtres de chair et d’âme. On oublie souvent que la médecine comporte une part subjective, qu’une bonne partie du soin passe par la confiance, par l’humilité, par les mots. 


A.J.: Votre dernier recueil « Et qu’advienne le printemps » (éditions Prosepoésie, 2016), revient sur le temps qui suit la séparation en amour. Que pouvez-vous en dire ? 

S. Z. : Il existe des rencontres particulières, au sens que l’on sait sans se l’expliquer que le cours de la vie en sera profondément modifié. Ces rencontres donnent parfois suite à des séparations, elles aussi particulières. Il faut pouvoir retrouver sa voix propre, son chemin. On disait : « Je es, Tu suis. » Il faut réapprendre à ouvrir, à parler, à écrire. Dans ce recueil, on suit le cheminement d’un homme confronté à la fin d’une histoire ; ses questionnements, ses doutes, la perte de ses repères : Mon sang file en sens inverse, et charrie des pierres lunaires […] Depuis toi mes pulsations m’expulsent. Tout cela en poésie bien sûr. 

Pour la suite, je suis en train d’écrire sur l’exil, la migration. Nous venons tous d’un ailleurs et l’exil est comme une naissance, lorsque protégé par le  cocon primaire de la vie nous nous retrouvons projetés vers l’inconnu. Mais l’exil n’est pas qu’inconnu car nous partons en emportant notre peau, notre regard, notre langue. Tant et si bien, qu’en arrivant sur un nouveau lieu, nous sommes autant surpris de celui-ci qu’il peut l’être de nous.

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