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20 Septembre 2017 | 29, Elul 5777 | Mise à jour le 19/09/2017 à 18h07

Rubrique France/Politique

Juifs, catholiques, musulmans : comment ont-ils voté ?

(Flash90.)

Une récente étude analyse le comportement électoral de plusieurs groupes confessionnels.

Des votes confessionnels « très spécifiques »

 C’est peut-être l’une des rares constantes que la dernière séquence politique présidentielle-législatives n’aura pas fait basculer. Dans une note parue sur le site Atlantico, fin juin, Jérôme Fourquet, directeur du département opinion public à l’IFOP, et le géographe Sylvain Manternach se penchent sur les aspects du vote confessionnel lors des élections législatives du 11 et 18 juin. Les auteurs d’un instructif « L’an prochain à Jérusalem ? » (éditions de l’Aube, 2016) confirment le poids des inscriptions confessionnelles dans le comportement devant les urnes. « Plusieurs grandes tendances se sont confirmées lors des législatives », analyse pour Actualité juive Jérôme Fourquet. « Le vote catholique est toujours majoritairement orienté à droite, le vote musulman se montre favorable à la gauche. Cela n’empêche pas néanmoins des catholiques de voter à gauche et des musulmans à droite ». Dans le détail, les catholiques, plus mobilisés que le reste de la population (57%), ont voté à 45% pour un candidat des Républicains (LR), de l’UDI ou Divers droite. Les musulmans se distinguent quant à eux par « un net tropisme à gauche ». 

Fourquet et Manternach démontrent également l’échec des stratégies communautaristes, peu efficaces électoralement. « Ces électorats confessionnels ne sont pas attirés par les candidats qui se revendiquent de telle ou telle appartenance religieuse », relève le sondeur. A l’appui de cette thèse, les scores médiocres du parti Français et musulmans et de l’Union des Démocrates Musulmans Français en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-de-Marne.  


Un ancrage à droite de la communauté juive

Pour scruter le(s) vote(s) juif(s), l’étude s’intéresse plus particulièrement à trois territoires : la 7e circonscription du Val-de-Marne (Sarcelles), le 8e arrondissement de Marseille (2e circonscription Bouches-du-Rhône) et le 19e arrondissement parisien (16e circonscription). Autant de cas d’écoles. Ce choix de focalisation géographique s’appuie sur une série d’enquêtes de terrain démontrant une forte présence juive dans ces quartiers, explique par téléphone le sondeur. Dans le même temps, la recherche empirique manque sur les nouveaux quartiers d’implantation juive, par exemple dans l’Ouest parisien. « Dans la 4e circonscription de Paris, qui regroupe une partie du 16e et du 17e arrondissement, la difficulté est d’identifier des bureaux de vote où le poids de la communauté juive est suffisamment important pour qu’on puisse y diagnostiquer quelque chose de saillant », pointe M. Fourquet. Ainsi, à Sarcelles, dans les zones de forte présence juive (bureaux 21, 22 et 24), le candidat LR, Jérôme Chartier, devance largement son adversaire La République en marche (LRM), Dominique Da Silva, pourtant en tête dans le reste de la circonscription. Une confirmation d’un soutien marqué des Juifs locaux à la droite. Le mouvement macroniste peut également servir de parti refuge face à la France insoumise, jugée pro-palestinienne, au second tour : Mounir Mahjoubi (LRM) surperforme ainsi dans les bureaux 5,7 et 24 du 19e arrondissement de Paris, recouvrant des quartiers d’habitation appréciés de citoyens juifs. 


La stratégie gagnante, mais inédite, de Meyer Habib

Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach consacrent un long développement à la victoire de Meyer Habib (UDI-LR) dans la 8e circonscription des Français établis à l’étranger, permise selon eux par une « campagne essentiellement dirigée vers les Français d’Israël qui représentent 61% des inscrits ». Agitant la « fibre nationale-religieuse », le député sortant est parvenu à capter un électorat classé à droite, composé d’un « nombre important de binationaux et non d’expatriés comme dans les autres circonscriptions », à partir de références politiques souvent associées au Likoud de Binyamin Netanyahou, un de ses proches. Efficace en Israël, une telle approche « aurait peu de chances d’être gagnante dans des communes à forte implantation juive, comme Sarcelles ou le 19e  », estime Jérôme Fourquet.

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