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23 Juillet 2017 | 29, Tammuz 5777 | Mise à jour le 21/07/2017 à 12h14

29 juillet 2017 - Chabbat Devarim (Chabbat 'Hazon) : 21h16 - 22h31

Rubrique France/Politique

Avec Macron, retour au réalisme ?

(Wikipedia)

Le président français fait bouger certaines lignes de la diplomatie française. Mais son discours de la réforme devra s’évaluer à l’épreuve des faits.

Au regard du peu de mots sur les affaires internationales dont nous aura gratifiés la dernière campagne présidentielle, la première grande interview diplomatique d’Emmanuel Macron, le 21 juin, dans plusieurs quotidiens européens, dont Le Figaro, ne pouvait passer inaperçue. Destiné à fixer en interne le cap de son mandat en matière de politique extérieure, l’exercice répondait également au besoin d’envoyer une série de messages aux capitales étrangères. Une phrase aura retenu l’attention. « Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans », annonce le président de la République. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye ». On notera la référence implicite à Dominique de Villepin, avec lequel le chef de l’Etat n’a jamais caché sa proximité intellectuelle, et dont plusieurs proches ont récemment rejoint la nouvelle équipe au pouvoir : Bertrand Emié à la DGSE, Emmanuel Lenain à la tête du pôle diplomatique de Matignon, et Maurice Gourdault-Montagne annoncé, par L’Obs, comme futur secrétaire général du Quai d’Orsay.
L’ère macronienne tournerait ainsi le dos à une décennie au cours de laquelle « une version pro-américaine de nos relations extérieures domina », comme l’écrit le géopolitologue Hadrien Desuin, dans son récent essai (La France atlantiste ou le naufrage de la diplomatie, Cerf, 19e), réquisitoire implacable, et parfois sans nuance, contre la diplomatie sarko-hollandaise. Mais pour Frédéric Encel, qui critique son usage « accusatoire et disqualifiant » en France, le concept « néoconservateur », et son prolongement interventionniste, n’est pas transposable à la réalité de la puissance française, privée d’une « très grande capacité de projection de puissance » comparable à celle des Etats-Unis.
« Les "gaullo-mitterrandiens" autoproclamés prônent globalement une défiance vis-à-vis des Etats-Unis et de l’OTAN, une grande proximité avec la Ligue arabe et une franche hostilité à Israël, et rejetant le « droit de l’hommisme ». Or en réalité, ils se paient de mots car ni de Gaulle ni Mitterrand n’appliquèrent ce programme aberrant », ajoute pour Actualité juive le maître de conférences à Sciences Po Paris. Un collectif de spécialistes s’est d’ailleurs ému, dans Le Monde, de la sortie du président.

Une « ligne rouge » en cas d’usage d’armes chimiques par le régime syrien
Autre matière à discorde, le refus de faire du départ de Bachar El Assad « un préalable à tout », une position réaffirmée par Emmanuel Macron au G20. « Où était la France en mai dernier sur le sujet syrien ? Nulle part », a martelé le chef de l’Etat, taclant au passage son prédécesseur. Pour Joseph Bahout, auteur d’une note pour le Centre Carnegie pour le Moyen-Orient, la diplomatie macronienne oscille dans ce dossier entre « réalisme cynique », centré sur la pérennité des Etats, y compris les plus autoritaires d’entre eux, et une approche « ancrée dans l’atlantisme » soucieuse de certaines valeurs.
Si elle peut être considérée comme un geste adressé à Moscou, cette ligne de rupture s’accompagne du rappel d’une « ligne rouge » en cas d’usage d’armes chimiques par le régime syrien. « Emmanuel Macron prend simplement acte avec raison que, faute de pouvoir déloger Assad, il convient de négocier avec les forces en présence (sauf les djihadistes) sans attendre son départ. Cette position raisonnable ne relève ni du néo-conservatisme, ni du gaullo-mitterrandisme », estime Frédéric Encel, qui fait paraître à la rentrée un Dictionnaire de géopolitique (PUF). Une diplomatie du « en même temps » pour Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. « Allié des Etats-Unis mais « en même temps » se méfiant de Washington, ouvert à une coopération avec Moscou sur la Syrie mais « en même temps » circonspect vis-à-vis de la Russie, Emmanuel Macron inaugure une diplomatie réaliste et tout en nuances », écrit-il dans une tribune pour Ouest-France. « Une troisième voie », selon Frédéric Encel.

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