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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique France/Politique

Georges Bensoussan : « Dans l'affaire Sarah Halimi, Emmanuel Macron subodore le scandale à venir »

(DR)

L’historien* se félicite du discours du chef de l’Etat, un acte « courageux » selon lui.

Actualité Juive : Que retenez-vous du discours d’Emmanuel Macron hier matin ? 

Georges Bensoussan : Deux nouveautés par rapport aux positions de ses prédécesseurs. En premier lieu quand il assure à plusieurs reprises qu’il faut « ouvrir les yeux », « parce qu’on n’a pas voulu voir » dit-il précisément. En second lieu, quand il assure que « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme ». C’est là une avancée courageuse. Mais cette évolution sera t-elle suivie d’effet dans une nation schizophrène où le chef de l’Etat pointe le déni du réel quand, dans le même temps, tant d’institutions et de médias jettent un voile sur certaines réalités.

L’antisionisme n’est pas la critique de l’Etat d’Israël. C’est la mise en cause de son droit à l’existence. Cela, nous le savons depuis des décennies. Mais que cette vérité politique soit publiquement partagée par le président de la République, là est la nouveauté. Seul avant lui Manuel Valls avait été clair sur cette question.


A.J.: Emmanuel Macron a-t-il été plus loin que Jacques Chirac et son fameux discours de 1995 ?

G. B. : Emmanuel Macron a rompu avec le distinguo spécieux entre l’Etat français et la France. L’administration de la IIIe République a servi le régime de Vichy institué le 10 juillet 1940 par un vote des parlementaires. Cette timidité intellectuelle qui se refuse à nommer une réalité qui dérange n’est évidemment pas propre à la France.


A.J.: Il a également rattaché l’antisémitisme des années 1940 à ses formes contemporaines, avec l’antisionisme.

G. B. : Le président a eu le courage de nommer l’antisionisme, mais sans évoquer en termes précis le « nouvel antisémitisme ». Renvoyer dos à dos victimes et agresseurs est étrange quand on sait que depuis 2000  ce sont des synagogues qui ont été incendiées, dans telle ou telle banlieue parisienne ou lyonnaise, suite à un jet de cocktail Molotov, et qu’en juillet 2014 celles de la rue de la Roquette à Paris et de Sarcelles furent directement menacées par des dizaines d’assaillants.

Quatorze Juifs ont été tués en France et en Belgique en tant que juifs depuis 2006. Aucun amalgame ni silence ne pourra indéfiniment masquer cette réalité crue. Il est frappant que la presse nationale ait à peine mentionné le passage sur l’antisionisme, comme s’il s’agissait, une fois encore, de ne pas heurter.


« Aucun amalgame ni silence ne pourra indéfiniment masquer la réalité crue »


A.J.: Son évocation du meurtre  de Sarah Halimi (zal) peut-elle marquer une date charnière dans cette affaire ? 

G. B. : Emmanuel Macron subodore le scandale à venir quand, au mépris de faits avérés, le caractère antisémite du meurtre n’est pas reconnu. Il sait, avec d’autres, que l’image de la France à l’étranger sera éclaboussée par cette affaire et qu’on ne manquera pas de souligner que dans la « patrie des droits de l’homme », comme on dit, on se refuse à qualifier un meurtre antisémite pour, dans le même temps, traduire en justice les lanceurs d’alerte. 


*Dernier ouvrage, « Une France soumise ». Les voix du refus, Albin Michel, 664p. 24,90 euros.

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