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22 Octobre 2017 | 2, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique France/Politique

André Kaspi : « Macron, le seul en Europe à avoir un dialogue cordial avec Trump »

Emmanuel Macron et Donald Trump le 14 juillet, à l’Elysée. (US Embassy France)

Que retenir du déplacement de Donald Trump à Paris, la semaine dernière pour le « Bastille Day » ? On a posé la question au grand spécialiste des Etats-Unis, l’historien André Kaspi, pour qui cette rencontre a surtout permis aux deux présidents de marquer des points sur le terrain de la communication.

Actualité Juive: Quel bilan tirez-vous de la visite de Donald Trump à Paris ?

André Kaspi : Il y a deux plans sur lesquels on peut apporter une réponse. Sur le plan de la communication,  c’est une opération réussie. Il était tout à fait naturel que le président français invite le président américain pour commémorer l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Cela paraît aller de soi, les Etats-Unis ayant tenu un rôle principal lors de la Grande guerre et étant aujourd’hui la première puissance mondiale. Au niveau des résultats, ensuite, on ne peut pas dire qu’il soit sorti grand-chose de la visite, pour le moment tout du moins. Bien sûr, la relation entre les deux hommes semble cordiale. Mais cela ne signifie pas que les Etats-Unis vont revenir sur leur retrait de l’accord de Paris sur le climat, que M. Trump soit dépendant de M. Macron, en somme qu’entre les deux pays tout aille pour le mieux. Sur plusieurs domaines, comme la lutte contre le terrorisme, les choses fonctionnent bien. Il n’en va pas de même sur la question du protectionnisme ou sur la COP 21.


A.J.: Cette  rencontre revêtait-elle la même importance pour les deux présidents ? 

A.K. : Pour Emmanuel Macron, inviter le président des Etats-Unis à Paris est une affaire très importante. Depuis son élection, il a déjà reçu nombre de chefs d’Etat et de gouvernement, et joue beaucoup sur l’international. Pour Donald Trump, être accueilli en grande pompe, dîner au deuxième étage de la Tour Eiffel, avec le couple présidentiel, tout cela à un moment où il est très critiqué à Washington même par ses amis républicains, lui permet de montrer qu’il demeure respecté à l’étranger.  


A.J.: Trump après Vladimir Poutine à Versailles en mai : quel est le pari d’Emmanuel Macron ? 

A.K. : Il faut distinguer deux aspects dans cette affaire. Le plus évident, c’est la volonté du chef de l’Etat de renforcer son image à l’international. M. Macron est le seul chef d’Etat en Europe actuellement en mesure d’avoir un dialogue apparemment cordial avec Donald Trump. La Britannique Theresa May est affaiblie, Angela Merkel mène sa campagne électorale. Un espace se libère pour Macron. D’autre part, il y a l’espoir chez ce dernier de faire changer d’avis son homologue américain sur l’accord sur le climat. Même si, en réalité, il y a peu de chances qu’il y parvienne. 


« Depuis son élection, Emmanuel Macron joue beaucoup sur l’international »

A.J.: Des convergences sont-elles possibles sur la Syrie ? 

A.K. : Les deux présidents sont engagés dans la lutte contre le terrorisme, qui se manifeste surtout en Syrie. Ce partenariat prend notamment la forme d’échanges de renseignements. Les services français et américains continueront de collaborer car cela est absolument indispensable pour assurer l’efficacité de leur fonctionnement. Sur le Sahel, toutefois, la convergence est moins nette. Les Etats-Unis soutiendront la France, bien évidemment, mais sans s’impliquer concrètement, sinon en envoyant éventuellement du matériel. Mais je doute que Washington ne s’engage dans les affaires africaines. Les Américains ne considèrent pas qu’il est de leur intérêt primordial de s’investir dans cette région. 


A.J.: Quelle est l’image du président français aux Etats-Unis ?

A.K. : Il suscite la curiosité, la sympathie sur la Côte Est. Mais la plupart des Américains ne suivent pas l’actualité   internationale.

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