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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Judaïsme

Parachat Matot-Masseï : Réformer la Thora ?

Depuis quelques semaines, de fortes questions liées au judaïsme secouent la communauté : mixité, conversions, lectures de la Thora par des femmes, Kotel en ébullition, et le bruit provoqué autour de ces manifestations a de quoi perturber un Juif peu connaisseur de la Tradition. Mais la réponse à cette agitation est à portée de main : sans entrer dans de longues polémiques philosophiques, il est possible de trouver un éclairage dans la paracha de cette semaine. En s’inspirant de l’un de nos plus grands Maîtres qui avait coutume de dire qu’il fallait vivre avec son temps. A comprendre ici, avec le temps de la paracha !

Mais revenons d’abord au texte. Cette semaine l’agencement de notre calendrier nous amènera à lire deux parachioth en une seule : Matot et Masseï. Mattoth signifie « bâtons » (ou les tribus) alors que Masshé signifie « voyages ». Et l’on devine immédiatement la question : pourquoi la Thora a-t-elle associé deux termes si opposés. Le premier évoque la rigidité alors que le second renvoie à l’idée de mouvement ! Mais un second point intrigue les commentateurs : contrairement à toute la Thora, Moché s’adresse, au début de la parachat Matot, aux chefs de tribus pour l’enseignement des lois des vœux au peuple. Rachi nous dira qu’il en fut ainsi pour l’enseignement de toute la Thora mais pourquoi le mentionner explicitement ici ?


A l’image de D.ieu

Quand on aborde la Thora pour comprendre son contenu et sa grille d’interprétation, une méprise doit immédiatement être écartée : la Thora n’est pas une sagesse humaine susceptible d’être transformée au gré des époques et des hommes. Il existe deux types de principes indiquent nos Maîtres (1). Ceux qui donnent la vie et ceux qui sont créés par la vie. La Thora appartient aux premiers et c’est elle qui fait vivre le monde. Dans chacun des détails qui la composent, elle est l’émanation de la sagesse du Créateur et en tenant compte de ce paramètre, on comprend aisément que ses lois ne peuvent être modifiées. Elle est à l’image de D.ieu : de même que Lui ne change pas, de même ce qui émane de Lui (la Thora) ne peut être changé. C’est là le premier socle sur lequel nous devons asseoir notre approche de la Thora. On peut le lire avec le mot Matot qui signifie « des bâtons ». La rigidité d’un bâton nous rappelle cette base incontournable et fondamentale du texte et des pratiques de la Thora.


A l’écoute des Maîtres

Toutefois, après cette mise au point, vient la parachat Masseï qui signifie « les voyages » et qui renvoie allusivement aux idées de mouvement et donc de changement ! Le contraire de la rigidité ! Et notre histoire, effectivement, est remplie de milliers d’exemples de lois qui subirent des modifications ou qui furent littéralement annulées. Comment dès lors concilier ces deux orientations ? Bien plus, si la Thora vient de D.ieu, et suppose son éternité, comment peut-elle changer ? La réponse se trouve dans la Thora elle-même : les changements nés au cours des siècles sont prévus dans le plan divin car nous avons une mitzva, parmi les 613 mitzvoth, d’écouter la parole des Maîtres de la Tradition juive. Et ces Maitres qui innovèrent ne sont que la continuité de la voix divine du mont Sinaï. On comprend, à présent, pourquoi la parachat Matot mentionne exceptionnellement les chefs de tribu à son début : la Thora peut être modifiée. Mais elle ne peut l’être que par les Grands du peuple. Des chefs qui, tout en étant sur terre étaient inspirés par D.ieu. 


Note

  1. Concept rapporté dans l’ouvrage Hayom yom, à la date du 22 Chévath
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