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18 Octobre 2017 | 28, Tishri 5778 | Mise à jour le 17/10/2017 à 17h56

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Monde juif

Dov Waxman : « Les juifs américains ont l’impression que leur contribution à Israël est ignorée »

(DR)

Professeur de sciences politiques et d’affaires internationales à l’Université Northeastern de Boston, Dov Waxman est l’auteur du livre “Trouble in the Tribe” (Princeton University Press, 2016), dans lequel il analyse le rapport complexe des juifs américains à Israël. Actualité Juive l’a interrogé sur la récente crise du Kotel et ses conséquences.

Actualité Juive: Depuis l’affaire des femmes du mur et des conversions, on parle beaucoup ces derniers jours d’une crise entre le monde juif américain et Israël. Avez-vous le sentiment que l’on ait atteint un pic ? 

Dov Waxman : Je ne crois pas. Ce n’est pas la première fois que des tensions entre les juifs américains (ndr: majoritairement non-orthodoxes aux Etats-Unis) et le gouvernement israélien apparaissent sur ces sujets. Il y en a déjà eu à de très nombreuses reprises dans les années 80, 90 puis plus récemment dans les années 2000. Je crois que la raison majeure de la crise actuelle est aujourd’hui largement influencée par des questions de politique intérieure. Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou a besoin des partis ultra-orthodoxes pour gouverner et il n’a donc pas voulu s’aliéner leur soutien. 


A.J.: Sur le long terme, certains observateurs craignent toutefois de voir apparaître une scission profonde entre les juifs américains et Israël… 

D.W. : La crise actuelle ne va peut-être pas nous mener directement à une rupture majeure mais elle contribue toutefois à saper, année après année, la qualité de la relation entre la communauté juive américaine et Israël. Une grande partie du monde juif américain a l’impression que sa contribution à Israël est ignorée et que le gouvernement israélien considère son aide comme un dû. Ceci génère chez eux un sentiment de rancoeur, d’aliénation et de déception qui contribue à nourrir leur désillusion vis-à-vis d’Israël. 

Mais plus encore que la question du pluralisme religieux, je crois que c’est surtout le problème du conflit israélo-palestinien qui risque d’accentuer la scission entre Israël et la diaspora américaine. C’est un sujet qui importe beaucoup plus aux jeunes juifs américains non-orthodoxes qu’à leurs parents. Ces derniers ont beau critiquer le manque de pluralisme religieux en Israël, ils continuent de lui apporter un soutien  politique inconditionnel ce qui n’est plus  le cas de la jeune génération. 


A.J.: Le problème du pluralisme religieux est souvent présenté comme une revendication de la diaspora américaine alors que ces questions touchent et préoccupent pourtant de nombreux Israéliens. Comment l’expliquez-vous ?

D.W. : C’est lié au fait que les voix qui s’expriment le plus fortement sur ces questions sont celles des juifs non-orthodoxes américains. Ils ont ainsi largement contribué à faire de la prière égalitaire au mur une revendication prioritaire. Pourtant, si l’on écoute les Israéliens qui se battent pour le pluralisme religieux en Israël, ce qu’ils demandent, ce n’est pas nécessairement l’accès au Kotel mais que l’on règle par exemple d’abord des problèmes qui les touchent dans leur vie de tous les jours, comme la question des mariages civils et des divorces. 

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