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18 Octobre 2017 | 28, Tishri 5778 | Mise à jour le 17/10/2017 à 17h56

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Nucléaire iranien : le jour où Trump a failli revenir sur l’accord de 2015

M. Trump est décidé à ne pas relâcher la pression sur l'Iran (DR)

Le président américain presse le Département d’Etat de lui fournir des options pour accroître la pression contre Téhéran.

Après l’accord de Paris sur le climat, Donald Trump va-t-il se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien ? Signé le 14 juillet 2015, l’ « Iran Deal » connaît un deuxième anniversaire en eaux troubles. Selon plusieurs médias américains, l’administration républicaine aurait longuement hésité ces dernières semaines à engager un virage à quatre-vingt-dix degrés de sa position sur ce dossier d’une extrême sensibilité. Et la journée du 17 juillet aurait pu marquer à cet égard une nouvelle étape dans le raidissement attendu entre les deux capitales. 

Comme tous les trois mois, le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson doit témoigner ce jour-là, devant le Congrès, de la conformité des Iraniens au Plan d’action global conjoint (JCPOA), le nom officiel du compromis de 2015. C’est la deuxième fois qu’il se soumet à l’exercice, alors que la campagne du candidat Trump avait laissé entrevoir une remise en cause de la ligne de conciliation défendue par Barack Obama. Comme en avril, le Département d’Etat défend le statu quo. On estime que Téhéran respecte ses obligations nucléaires, notamment en matière d’enrichissement d’uranium. A côté de M. Tillerson, plusieurs officiels soutiennent cette ligne : le Secrétaire à la Défense, James Mattis, le Conseiller à la Sécurité nationale, H.R McMaster, et le chef d’état-major, Joseph Dunford. 

Donner quitus à Téhéran, même provisoirement, faute d’option ? Pas question pour Donald Trump. D’après les informations obtenues par le New York Times, Rex Tillerson aurait subi les foudres du président, rejetant les uns après les autres les arguments avancés par son ministre. En avril, déjà, le milliardaire avait caressé l’idée de dénoncer les manquements iraniens à l’Iran Deal. Une telle option ouvrirait une nouvelle séquence de soixante-jours permettant au Congrès de voter de nouvelles sanctions, voire de revenir sur l’accord lui-même.  


Compromis provisoire

Cette fois, M. Trump est décidé à ne pas relâcher la pression. Il estime que l’accord signé par son prédécesseur, sur lequel il n’a cessé de tirer à boulets rouges, ne doit pas lui lier les mains pour contrer les ambitions hégémoniques de Téhéran. Critique d’un Département d’Etat jugé timoré, et qu’il entend tenir à distance, le chef d’Etat s’appuie sur d’autres hommes pour engager son bras de fer avec le Guide suprême iranien, Ali Khamenei. C’est notamment le cas du patron de la CIA, Mike Pompeo, virulent adversaire de l’accord signé à Vienne comme élu du Kansas à la Chambre des représentants. Les échanges, très tendus, finiront par accoucher d’un compromis provisoire : M. Tillerson ira, cette fois encore, « certifier » devant le Congrès que l’Iran respecte ses engagements. Mais dans le même temps, Washington annonce de nouvelles sanctions économiques contre dix-huit personnes ou entités liées au programme balistique iranien et aux Gardiens de la Révolution. « Les Etats-Unis demeurent profondément préoccupés par les activités pernicieuses de l’Iran au Moyen-Orient », s’alarme la porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert. Pour la Maison-Blanche, il s’agit là d’une violation de « l’esprit » du JCPOA.  

La critique est la même côté iranien. Bien que ces mesures ne concernent pas stricto sensu le volet nucléaire du programme militaire iranien, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohamad Javad Zarif a laissé entendre qu’il pourrait faire jouer un mécanisme prévu par l’Iran Deal pour examiner la légalité de ces nouvelles sanctions. Avant d’ajouter que l’Iran n’écartait aucune option, « y compris un retrait de l’accord ». Une telle évolution serait néanmoins une catastrophe pour M. Zarif et le président iranien Hassan Rohani, régulièrement épinglés par les ultraconservateurs du régime. 

Le climat pourrait encore se gâter dans les mois à venir. Selon le site Foreign Policy, le président républicain a confié à plusieurs membres du Conseil à la Sécurité nationale (notamment le conseiller au Moyen-Orient Derek Harvey et probablement le sulfureux Steve Bannon) de lui préparer sous quatre-vingt-dix jours un plan pour envisager de ne pas certifier en octobre le respect de l’accord par l’Iran. 

« Si cet accord n'est pas respecté comme il est supposé l'être, ils [les Iraniens] auront de gros, gros problèmes, croyez-moi », a d'ailleurs menacé le président des Etats-Unis, mardi 25 juillet, lors d'une visite à Youngstown, dans l'Ohio. Le même jour, il confiait ses doutes au Wall Street Journal. « Je pense qu’ils ne respecteront pas l’accord ». 

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