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21 Octobre 2017 | 1er, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Culture/Télé

Jonathan Siksou : « Je propose une balade impossible dans Paris »

Crédit : Yannick Coupannec

« Rayé de la carte, sur les traces du Louvre oublié », publié au Cerf, est le premier roman de Jonathan Siksou. Dans ce livre, le journaliste indépendant de 36 ans ressuscite « la mémoire engloutie » de ce quartier antique et redonne vie au Paris patrimonial rasé par Napoléon III.

Actualité juive : Vous êtes présentateur sur RCJ et chroniqueur dans Causeur, depuis plusieurs années, pour autant vous êtes quelqu’un de discret. Pouvez-vous vous nous dire quelques mots sur vous ?

Jonathan Siksou : Je suis journaliste indépendant, donc je travaille pour différents supports et dans différents domaines. L’actualité « chaude », bien sûr, mais aussi la gastronomie, le monde de l’art, l’histoire. Je me suis formé seul puisque je n’ai pas poursuivi d’études après le bac : j’ai toujours mieux appris chez moi, dans ma bibliothèque, que dans une salle de classe. C’est d’ailleurs ma curiosité pour l’histoire en général et l’histoire de ma ville, Paris, en particulier, qui m’a amené à écrire ce livre. Les biographies et les mémoires m’ont beaucoup aidé. Ce sont à mon sens les meilleurs témoignages que l’on puisse trouver. Je les préfère, par exemple, aux personnages fictifs. Inutile d’inventer une histoire sur l’histoire, l’œil du témoin me semble beaucoup plus pertinent. 


A.J. : Votre livre retrace l’histoire « du Louvre oublié », dans ses détails historiques, tout en laissant une place à l’imaginaire. Ou est la part de fictif et la part d’histoire dans ce livre ?

J. S. : Dans ce livre il y a deux voix : une voix historique qui a nécessité un travail de recherche important, qui exige une précision des faits, et une autre voix, écrite en italique pour la distinguer de la première, plus personnelle, sur la façon dont je perçois cette grande histoire. Cette seconde voix pose beaucoup de questions sans réponse. A défaut de prendre un personnage par la main, comme cela est le cas dans un roman, c’est une façon de pouvoir créer une forme de distance avec le récit historique. Ce livre est une balade impossible dans un quartier qui n’existe plus. Il susurre à l’oreille des Parisiens qu’aujourd’hui ils foulent du vide, mais qu’à la place de ce vide, auparavant, il y avait des immeubles, des magasins,             des palais : la vie. 


A.J.: Comment avez-vous procédé pour écrire ce livre ?

J. S. : C’est simple, j’ai toujours été un piéton de Paris. J’ai toujours marché dans cette ville et voulu comprendre où je marchais et sur quoi je marchais. En faisant des recherches, je me suis rendu compte qu’aucun livre n’existait sur l’antique quartier du Louvre, que cette mémoire avait été engloutie depuis que Napoléon III l’avait rasé. Alors j’ai tenté de trouver des indices pour la reconstituer. Je n’ai trouvé que des bribes d’histoires, lâchés par des Parisiens d’antan ou des guides touristiques qui demeurent des mines de renseignements. Ca m’amusait de parler d’un sujet qui n’existait pas et c’est au travers de ces traces de vie qu’a été reconstitué ce qui n’était plus. Une façon d’entretenir cette vieille mémoire parisienne. 


 A.J.: Vous qui êtes un amoureux de Paris, que pensez-vous de la politique d’Hidalgo, décriée dans le récent livre-enquête « Notre-Drame de Paris », écrit par Nadia Le Brun 

et Airy Routier ?

J. S. : Le Louvre par exemple a été remplacé par cette esplanade qui attire des dizaines de millions de touristes par an. Je m’interroge toujours de savoir si ce tourisme de masse est une manifestation de vie. N’est-ce pas plutôt une forme d’errement? La politique d’Hidalgo incarne un paradoxe car elle veut que Paris soit une ville qui vit, gentrifiée, qui promeut des fêtes, Paris-plages et autres festivités, or je crains que cette politique bougi boulga idéaliste n’y soit que très néfaste, au point que le divertissement  empêche de vivre. 

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