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21 Octobre 2017 | 1er, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique France/Politique

Ilan et Sarah Halimi, anatomie d'un silence: des intellectuels s'inquiètent du déni de l'antisémitisme en France

Un panel d'intellectuels s'est réuni la semaine dernière à Paris pour analyser le renouveau de la sauvagerie antisémite (Crédit: Noémie Halioua).

Philippe Val, Georges Bensoussan ou Eric Marty on participé jeudi dernier au séminaire organisé par l'association Shibboleth.

Des intellectuels ont tenté de penser l’épouvantable assassinat de Sarah Halimi et plus largement le renouveau de la sauvagerie antisémite. « Psychopathologie d’un meurtre, Anatomie d’un silence : Halimi, d’Ilan à Sarah : un syndrome contemporain », était le thème du colloque inaugural de l’année du séminaire Shibboleth, organisé au Centre Rachi, en partenariat avec RCJ le 14 septembre dernier. Compte-rendu.

 Le séminaire Shibboleth a pour ambition de rassembler des groupes d’intellectuels pour « aborder les thèmes civilisationnels et élaborer une clinique du contemporain" selon les termes de son président Michel Gad Wolkowicz.

 

Michel Gad Wolkowicz, Président de l’Association Internationale Inter-Universitaire et de l’Interdisciplinary Institute Schibboleth – Actualité de Freud

« L’affaire Halimi est un symptôme des temps mauvais. Il y a eu des attentats mais cet événement-là nous a traumatisés pour plusieurs raisons. C’est un crime d’une sauvagerie rare. Nous sommes traumatisés car nous sommes également dans la répétition d’un massacre génocidaire, la répétition du nom. Entre Ilan et Sarah Halimi, c’est comme s’il ne s’était rien passé. La façon dont cette affaire a été traitée en a fait un non-événement. Je suis halluciné aussi par la faillite des instances symboliques. La police, la justice, la presse ».

 

Philippe Val, écrivain, journaliste, ancien directeur de Charlie-Hebdo

« Quel rapport entre Sarah Halimi et l’affaire Dreyfus ? Comment est-on passé du scandale à l’indifférence ? Entre le bruit de tonnerre de Dreyfus et le silence de Sarah Halimi, que s’est-il passé ? Y compris pour les élites, tout a changé : autrefois ils voyaient les juifs partout, aujourd’hui, ils n’en voient nulle part. Aujourd’hui on considère que le juif n’existe pas puisqu’un représentant de la justice, un juge, a fait évacuer la circonstance aggravante de l’antisémitisme d'un meurtre pareil. Si l’affaire Halimi se serait passée dans une dictature religieuse, ce silence aurait été compris, mais en France où les citoyens naissent libre et égaux… je parlerai pour ma part d’un « silence antisémite ».

Avant des intellectuels étaient libres. Ils avaient la liberté de changer d’avis lorsque les arguments du passé n’avaient plus de sens dans le présent. Cette liberté a été mise à mal après deux événements historiques : la prise de pouvoir par Lénine en 1917, et la prise de pouvoir par Mussolini. Les intellectuels sont devenus des outils du pouvoir en place. Il y a désormais la peur chez eux de ne pas faire parti du bon groupe, de faire parti du bon troupeau. Ils ne sont plus des contre-pouvoirs, ce sont des alliés du pouvoir »

 

Jean-Pierre Winter, psychanalyste

« Il est question de nommer le silence pour essayer de le faire disparaître.

Il y a deux antisémitismes très différents qui se rejoignent : ceux qui diffusent des paroles et ceux qui diffusent des actes. Ceux qui passent à l’acte sont des individus-objet, qui ne savent pas qu’il est l’objet d’un discours, d’une idéologie, qui le pousse à passer à l’acte.

 

Georges Bensoussan, historien, directeur éditorial au Mémorial de la Shoah

L’affaire Sarah Halimi, dit la crise de la société française et dépasse largement la dimension antisémite même si elle en est au cœur. La cécité sur ce meurtre est une cécité volontaire, idéologique est la même qui est liée à l’islamisme et à l’immigration de masse avec la déculpabilisation et la non- intégration. C’est la détestation de l’Occident et de la France qui se joue aussi. C'est lié au refus de voir la poussée de l’islam radical, la puissance du marqueur identitaire. 

Ce déni est intrinsèquement lié à l’abandon des classes populaires, un peuple méprisé, qui n’est même plus à même de se défendre. De même à l’intérieur du monde juif, il y a un abandon des juifs et par une part des élites juives, qui ont mis longtemps à dénoncer cette situation. Lorsque j’ai écrit Les Territoires Perdus de La République, ils étaient nos premiers adversaires. Ce déni est aussi lié à la peur de l’émeute, par peur de choquer les populations arabes, comme cela avait été le cas dans le contexte coloniale, en Algérie où les actes antijuifs étaient minimisés. L’affaire Sarah Halimi montre que les juifs en France sont une variable d’ajustement de la paix sociale. »

 

Eric Marty, écrivain, universitaire

« Concernant la parole de Macron à la cérémonie des 70 ans du Vel d’Hiv, qui a évoqué le nom Sarah Halimi, je ne crois pas qu’il s’est agi d’un contrepoids au silence antisémite, il est plutôt question d’une transgression. Il transgresse la fonction qui est la sienne en appelant la justice « à faire toute la clarté », sur ce meurtre. »

 

Monette Vacquin, psychanalyste

Lorsque le déni n’est pas un mécanisme de défense propre à une personne mais à un groupe, cela créé une réalité virtuelle. Pour qu’un tel mouvement s’installe et s’organise, il faut que l’Etat y participe. Le déni cherchait sa voie, le déni d’Etat lui a donné ses lettres de noblesse. Il y avait la crainte d’une explosion de la part des autorités. Or au lendemain des attentats du Bataclan, il n’y a pas eu d’explosion de colère, puis Marine le Pen n’a pas été élue. C’est le contraire : il y a eu une implosion. Un état de sidération »

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