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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Judaïsme

Grand rabbin Olivier Kaufmann: le pardon, un chemin vers le divin

(DR)

En cette période troublée qui voit se développer des actes de rejet et de haine de l’autre à tous les niveaux de la société, il semble essentiel d’interroger nos textes.

La tradition rabbinique, nous enseigne que l’unique façon d’effacer, le jour de Kippour, les fautes commises vis-à-vis de son prochain, consiste à obtenir le pardon de la personne offensée. A cette fin, nous disent nos sages, tous les moyens doivent être mis en œuvre pour restaurer la relation humaine et ainsi faire la paix : il nous incombe de multiplier les gestes apaisants, les paroles de conciliation, d’intensifier les signaux en direction de notre semblable, censés refléter notre sincérité sans équivoque possible. Cette quête du pardon de l’autre est le préalable de la quête du pardon de D.ieu.
La question de la proximité avec D.ieu  est évoquée dans le verset biblique : « Et vous, qui vous êtes attachés à l’Eternel, votre D.ieu, vous êtes aujourd’hui tous ensemble vivants » (Deutéronome IV,4).
Pour en comprendre le sens profond, le Rav Kook suggère la lecture suivante: on adhérerait donc à D.ieu en se rapprochant des hommes, en visant le rassemblement, l’unité -« tous ensemble ». Il est vrai que la foule qui se presse avec ferveur dans nos synagogues lors des  fêtes de Tichri nous porte à croire que nous touchons au but : celui de constituer une assemblée à l’instar de celle qui s’est tenue devant le mont Sinaï, pour recevoir la Torah dans l’unité et l’harmonie. Ce rassemblement du Sinaï a pu avoir lieu, car avant de constituer un mouvement vers D.ieu, il était le fruit d’un élan formidable vers  autrui, chacun se préoccupant de la place de son voisin face à la montagne.
Le premier exemple de « dvekout », de l’attachement à D.ieu se traduisant d’abord et avant tout par le souci des autres, nous est donné par le patriarche Abraham.  Il est intéressant, à l’occasion des solennités de Tichri, de constater, que le rituel met l’accent sur le lien qui nous unit à notre patriarche Abraham. Nous proclamons, que nous sommes ses héritiers spirituels, pleinement dignes de recevoir la bénédiction que D.ieu lui a prodiguée ainsi qu’à ses descendants juste après la ligature d’Isaac. Le  texte relatant cette promesse que nous lisons le jour de Roch Hachana  nous rappelle qu’Abraham est à la fois le premier ancêtre du peuple juif et le père de toutes les Nations de la terre qui seront bénies par sa postérité. Le nouvel an juif a  ceci de particulier : il place la question de l’humain  au centre des préoccupations des juifs qui s’adressent au Créateur en ce début d’année.
Si Abraham occupe une place exceptionnelle dans l’histoire juive et dans celle de l’humanité, c’est parce que sa relation à Dieu s’inscrivait dans le prolongement  de celle qu’il entretenait avec tout homme. Abraham et Sarah cherchèrent tous deux à faire des disciples : ils étaient des «  faiseurs d’âmes », désirant faire le bien et secourir les voyageurs égarés ou affamés dans le désert.

Constituer une assemblée
Ceux qui se revendiquaient  comme étant les héritiers  de l’enseignement d’Abraham, devaient répondre à certaines exigences morales (Maximes des Pères (5,22). L’héritage d’Abraham ne s'applique plus seulement au spirituel mais concerne aussi la morale, l’éthique et l'attention que nous portons à notre prochain.
Le Maharal  de Prague ( Netivot Olam) explique qu’Abraham  ne s’est jamais abstrait du monde  , ni de la société qui l’entourait pour améliorer son rapport avec Dieu ; bien au contraire, en toute chose, il faisait preuve de derekh eretz ( savoir-vivre) en ayant à cœur  de conduire ses affaires avec honnêteté et respect.Ce comportement  doit inspirer notre travail de repentance et nous permettre ainsi de renforcer notre relation à D.ieu tout en apaisant notre lien avec nos contemporains. l
Que l’année 5778  voie s’épanouir le derekh eretz dans notre société et que l’unité de tout le peuple d’Israël hâte la réalisation des textes prophétiques annonçant l’avènement de la paix.

Grand rabbin Olivier Kaufmann, Directeur du Séminaire Israélite de France Rabbin de la synagogue de la Place des Vosges.

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