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21 Octobre 2017 | 1er, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Entre Trump et l’Iran, sept jours de menaces et d’esbroufe

(DR)

Le président américain a dénoncé, à la tribune de l’ONU, l’accord « honteux » sur le nucléaire iranien. Téhéran de son côté bombe le torse.

Pour comprendre les méandres des tensions américano-iraniennes, il est conseillé à tout observateur qui se respecte de s’abonner au compte Twitter de Donald Trump. Dernier exemple en date, samedi 23 septembre. « L'Iran vient de tester un missile balistique capable d'atteindre Israël. Ils travaillent aussi avec la Corée du Nord », écrit le président américain sur le réseau social, avant de lancer, laconique : « Nous n'avons pas vraiment un accord ! », en référence au JCPOA, signé sur le nucléaire iranien en juillet 2015. La réalité s’avère légèrement plus complexe et la dernière semaine en a fait la preuve. 

Mardi 19 septembre. Donald Trump s’adresse pour la première fois devant l’Assemblée générale des Nations unies. Son discours est attendu, redouté par certains. Confirmant les axes défendus depuis sa campagne électorale victorieuse, le président américain a exposé, en trois-quarts d’heure, la vision du monde de la nouvelle diplomatie américaine. Ode à la souveraineté prétendument retrouvée, unilatéralisme assumé dans le temple du multilatéralisme, interventionnisme botté : Trump a été fidèle à lui-même. Ses attaques contre les « Etats voyous », une référence à peine voilée à ses prédécesseurs Ronald Reagan et George W. Bush, resteront comme le moment fort de son propos. 

Dans la ligne de mire du Commandant en chef Trump : la Corée du Nord et l’Iran. « Les Etats-Unis font preuve d’une grande force et d’une grande patience. Mais si nous sommes forcés de nous défendre ou défendre nos alliés, nous n’aurons pas d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord », a menacé M. Trump, quelques jours après un nouveau tir de missile nord-coréen au-dessus du Japon. Une guerre contre le régime de Pyongyang est désormais une option crédible pour faire plier « Rocket Man » (l’homme missile), le surnom affublé au dirigeant nord-coréen Kim Jung-Un par son homologue américain à l’ONU. Le 23 septembre, des bombardiers américains survolaient, pour la première fois, la côte orientale de la Corée du Nord. Et pour la dictature, les jeux seraient même déjà faits. « Les Etats-Unis ont déclaré une guerre à notre pays », a indiqué le 25 septembre le chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong-ho.

La Corée du Nord n’est pas la seule à avoir fait l’objet des foudres du locataire de la Maison Blanche. Les mots de Donald Trump sur l’Iran étaient particulièrement attendus, alors qu’une rumeur se fait de plus en plus pressante à Washington : le président américain pourrait ne pas certifier, à la mi-octobre, le respect par le régime iranien de ses obligations en matière nucléaire. Au sortir du discours, le doute s’est fait encore un peu plus mince.

« Nous ne pouvons pas laisser un régime meurtrier continuer ses activités déstabilisatrices […] et nous ne pouvons pas respecter un accord s’il sert à couvrir l’éventuelle mise en place d’un programme nucléaire », a déclaré M. Trump. Avant de qualifier l’accord de 2015 de « honte », « l’un des pires auxquels les Etats-Unis aient jamais participé ». 



Une guerre contre le régime de Pyongyang est désormais une option crédible

Une analyse pleinement partagée par Binyamin Netanyahou. « Personne n’a été aussi franc, aussi courageux, aussi direct que ne l’a été le président Trump aujourd’hui », s’est félicité le premier ministre israélien qui a tiré à boulets rouges contre l’accord de Vienne qui à ses yeux « pave » la route du régime chiite vers l’arme nucléaire. « C’est pour cela que j’ai dit il y a deux ans que le grand danger est que l’Iran ne sera pas en mesure de construire une seule bombe en rompant l’accord. Mais que l’Iran sera bien capable de construire de nombreuses bombes nucléaires en le maintenant », a regretté M. Netanyahou. Israël s’inquiète notamment des « clauses de révision » (« sunset closes ») qui prévoient la suppression de certaines restrictions imposées au programme nucléaire iranien d’ici 10 à 15 ans à compter de l’accord international. 

Parmi les chefs d’Etat présents à New York, c’est à l’évidence Emmanuel Macron qui a défendu avec le plus de vigueur le JCPOA, prenant ses distances sur plusieurs dossiers, mais jamais frontalement, avec Donald Trump. « Notre engagement sur la non-prolifération a permis d’obtenir un accord solide, robuste, qui permet de vérifier que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire », a déclaré M. Macron. « Le dénoncer aujourd’hui sans rien proposer d’autre serait une lourde erreur, ne pas le respecter serait irresponsable, parce que c’est un accord utile, essentiel à la paix ». 

Côté iranien, la réponse n’a pas tardé. Le 20 septembre, le président Rohani a prévenu à la tribune de l’ONU: Téhéran « réagira avec détermination à toute violation du texte » de l’accord. Deux jours plus tard, l’agence de presse iranienne Tasnim annonçait le lancement d’un missile balistique à têtes multiples,  baptisé « Khoramshahr », d’une portée de 2 000 kilomètres. Tête de gondole du défilé militaire marquant le 37e anniversaire du déclenchement de la guerre Iran-Irak, cet essai semblait marquer la volonté iranienne d’exploiter toutes les failles laissées en suspens par l’accord sur le nucléaire, notamment en matière balistique. Ainsi s’explique le tweet du lendemain de Donald Trump. 

Le week-end passé, il s’avérera que le test iranien, accompagné d’images diffusées à la télévision et sur les réseaux sociaux, avait un parfum d’esbroufe. S’appuyant sur des sources de l’administration républicaine, la chaîne Fox News révèle, le 25 septembre, que les radars américains n’ont détecté aucune indication confirmant l’envoi de missile balistique au Moyen-Orient quelques jours plus tard. L’Iran aurait en fait utilisé la vidéo d’un précédent essai, mené en janvier dernier, du Khoramshahr. A l’époque, le missile, très proche du modèle nord-coréen BM25 Musudan, d’une portée de 2 500 kilomètres, avait explosé en vol avant même d’atteindre la moitié de son parcours.

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