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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Régions

Procès des profanateurs du cimetière de Sarre-Union

L'ampleur du saccage est sans équivalent en France depuis près de 25 ans. (NK)

Cinq jeunes hommes ont été condamnés vendredi 15 septembre par le Tribunal pour enfants de Saverne à des peines de 8 à 18 mois de prison avec sursis pour le saccage, alors qu’ils étaient mineurs, de quelque 250 tombes du cimetière juif de Sarre-Union, le 12 février 2015.

Les prévenus étant tous mineurs au moment des faits (ils avaient entre 15 et 17 ans), c'est à huis clos que leur procès s'est déroulé les 14 et 15 septembre en présence d'une soixantaine de parties civiles. Les jeunes profanateurs ont reconnu les faits mais affirmé - à l'exception de l'un d'entre eux qui dit avoir changé depuis - ne pas avoir agi par antisémitisme ou sous l'influence d'une idéologie d'extrême droite. Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur et condamné ces jeunes, qui n'avaient pas de casier judiciaire, aux peines suivantes : 8 mois d'emprisonnement avec sursis et 140 heures de travail d'intérêt général (TIG) pour l'un des prévenus ; 12 mois d'emprisonnement avec sursis et 140 heures de TIG pour trois des prévenus ; 18 mois d'emprisonnement avec sursis, 140 heures de TIG et une obligation de soins pour le dernier. 

Me Simon Burkatzki, qui représentait la Licra (l'une des associations parties civiles), rapporte que les cinq jeunes ont fait profil bas et exprimé des « regrets superficiels » en évoquant un « dérapage ». Me Burkatzki estime que les peines prononcées sont « plutôt clémentes » sans être anormales. Me Raphaël Nisand, avocat du Consistoire israélite du Bas-Rhin (Cibr), juge lui aussi la condamnation « décevante au vu de la grande violence de l'action mais conforme à la jurisprudence car ils avaient l'excuse de la minorité ». Raphaël Nisand salue « le sérieux des  autorités judiciaires » qui a permis d'identifier de troubles sympathies idéologiques sur les ordinateurs de plusieurs des prévenus. « Il y avait bien une idéologie skinhead chez ces jeunes, peut-être pas chez tous mais au moins chez le meneur. » Un groupuscule néo-nazi a-t-il prêté main-forte aux profanateurs, comme certains le pensaient et comme l'ampleur des dévastations pouvait le laisser supposer ? Il semble que non ; rien du moins ne permet de l'affirmer à l'issue de la procédure judiciaire. Pour Me Burkatzi, « la fureur de ces garçons reste incompréhensible », d'autant qu'ils sont loins d'être tous issus de milieux défavorisés - la mère de l'un des condamnés, institutrice, a même rédigé une thèse sous la direction d'un universitaire juif bien connu. L'atmosphère idéologique très marquée à droite de l' « Alsace bossue », cette zone du Nord de l'Alsace où se trouve Sarre-Union (3000 habitants),  est souvent mise en avant. 



Une restauration qui tarde à venir

La question qui se pose à présent est celle de l'indemnisation et de la restauration du cimetière. Le Consistoire du Bas-Rhin a effectué un devis : les coûts liés à la restauration du cimetière s'élèvent à 875 000 euros. « Lors de la cérémonie qui s'est déroulée après la profanation en présence du président Hollande, tout le monde disait : '' On va s'en occuper rapidement'', et plus de deux ans après rien n'a bougé à part le monument aux morts dont la rénovation a été financée par l'Allemagne », déplore Thierry Roos, porte-parole du Cibr, pour qui un fonds d'urgence aurait dû être débloqué par les pouvoirs publics. Le dossier n'a pour l'instant pas beaucoup avancé en raison de sa complexité et du nombre important d'acteurs concernés. Thierry Roos souhaite vivement que « toutes les tombes soient rénovées avant le prochain Roch Hachana ». Mais on s'attend à de longues négociations entre les personnes morales chargées de l'indemnisation qui ne manqueront pas de se renvoyer la balle. La première audience sur intérêts civils se tiendra le 24 novembre.

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