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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Culture/Télé

Anne Hélène Hoog : « René Goscinny fait apparaître l’intelligence dans la bande dessinée »

Pour la commissaire de l’exposition René Goscinny au mahJ, Anne Hélène Hoog, la popularité de René Goscinny s’explique par sa façon de diffuser, avec les traits d’humour, une forme de savoir.

Actualité juive : Pourquoi l’exposition Goscinny s’installe-t-elle au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme ?
Anne Hélène Hoog -
D’un point de vue historique, René Goscinny suit la trajectoire empruntée par les juifs au XXème siècle. Il est issu d’une famille juive immigrée d’Europe de l’Est, qui adhère profondément aux valeurs et à la culture françaises. A la fois patriote et ouvert sur le monde. Il incarne d’une certaine façon ce qu’est l’israélitisme : le judaïsme reste dans le domaine privé, c’est une histoire personnelle, tandis que sa vie professionnelle est tournée vers une culture universaliste.

A.J.: La Shoah a-t-elle eu des  répercussions sur sa vie ou sur celle de sa famille ?
A.- H. H. :
La Shoah a touché au moins quatre membres de sa famille, les trois frères de sa mère ont été déportés et sont morts à Auschwitz. Son beau-frère aussi a été déporté. Les Goscinny suivent de loin la persécution des juifs d’Europe pendant la Shoah. Puis la famille Goscinny s’est beaucoup battue pour la restitution de l’imprimerie qui lui avait été spoliée.

A.J. : Comment expliquez-vous la popularité de René Goscinny ? Comment définiriez-vous son génie ?
A.- H. H. :
Il travaille à partir de sujets qui appartiennent à la culture populaire française mais y injecte aussi une forme de savoir. Avec Goscinny, la bande dessinée change de statut : ce n’est plus une lecture divertissante qui utilise du comique primaire, c’est également une oeuvre intelligente parce qu’on y apprend quelque chose. On y trouve de la subtilité et du beau langage. Goscinny fait apparaître l’intelligence et la culture de la bande dessinée. Il en fait une littérature graphique qui peut être lue aussi bien par des enfants que par des adultes, capable de faire rire tout le monde. Il apporte au 9e art une fraîcheur, une modernité, un regard qui lui manquait, par exemple en proposant des décalages où se mélangent les registres, le semblant, le vraisemblable et le vrai.

« La shoah a touché au moins quatre membres de sa famille. »

A.J. : Voulait-il faire passer des messages ?
A.- H. H. :
Je ne crois pas qu’à travers son œuvre, René Goscinny ait eu l’ambition de faire passer des messages. Il ne fait pas la morale, même si c’est un moraliste. Un moraliste au sens de La Bruyère et de La Fontaine, c’est-à-dire qu’il scrute avec finesse, la nature humaine ainsi que les fonctionnements de la société. Il le fait sous un jour parodique, comique, ironique. Il manie le rire pour montrer les absurdités dans lesquelles nous nous enfonçons. Son oeuvre contribue à nous faire réfléchir mais ne nous dit pas comment il faudrait penser les choses. Il se contente de nous raconter des histoires, et de nous laisser en tirer nos propres réflexions.

A.J. : L’exposition s’appelle « Au-delà du rire ». Qu’y a-t-il au-delà du rire ?
A.- H. H. :
« Au delà du rire » que suscite l’œuvre de Goscinny, il y a l’homme. Sa façon de penser et sa façon de construire le rire. Cette exposition nous amène dans les coulisses de Goscinny, pour comprendre comment chemine et se construit sa carrière. Savoir qui est l’homme derrière l’artiste, découvrir tout ce qu’il a produit comme œuvre mais aussi comprendre l’étendue des rires qu’il produit. Il a une façon rigoureuse de construire un discours comique, un scénario pour chaque œuvre qu’il crée. Il crée son propre système comique.

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