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18 Octobre 2017 | 28, Tishri 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

21 octobre 2017 - Chabbat Noah' : 18h34 - 19h35

Rubrique France/Politique

Frédéric Potier : « Impressionné par les outils israéliens pour détecter les messages antisémites »

(DILCRAH)

Succédant au très médiatique Gilles Clavreul, le nouveau délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT présente à Actualité juive ses ambitions. Et fait entendre sa différence.

Actualité Juive : Le 11e rapport sur l’antisémitisme en France, rendu public il y a quelques jours, annonce une diminution de 58% des actes antijuifs enregistrés par le ministère de l’Intérieur et le SPCJ. Quelle lecture faites-vous de ces résultats ? 

Frédéric Potier : C’est un chiffre encourageant qui atteste de la mobilisation, forte et permanente, des pouvoirs publics, et notamment du ministère de l’Intérieur. Les politiques lancées, en particulier depuis 2015, commencent à porter leurs fruits. Je ne crie pas pour autant victoire. Le racisme et l’antisémitisme n’ont pas disparu de notre pays. Mais cette baisse nous encourage à poursuivre ce que nous avons mis en place.


A.J.: Ce rapport émet néanmoins plusieurs réserves. « L’ultra-violence et le terrorisme, qui ciblent les Juifs en France, éclipsent souvent l’antisémitisme « du quotidien », peut-on notamment y lire. Comment la Dilcrah peut-elle contribuer à mettre au jour cet antisémitisme « du quotidien » ?  

F.P. : La Dilcrah peut mener des études plus poussées sur ces phénomènes. Grâce à notre conseil scientifique, composé de chercheurs qui nous permet de mieux cerner l’ensemble des discours de haine et des préjugés antisémites et racistes. Une fois ces phénomènes identifiés, doit venir le temps du traitement. Je souhaite que nous allions combattre l’antisémitisme là où il est le plus fort. Cela n’est pas forcément facile. Mais on ne doit pas nous limiter aux zones géographiques ou aux milieux sociologiques où l’on est favorablement accueilli.


A.J.: « Sarah Halimi, Livry-Gargan, […] Garges-les-Gonesse, arrêtons de tergiverser : oui un nouvel antisémitisme virulent se propage sous fond d’islam radical ». Ainsi réagissiez-vous sur votre page Facebook, le 19 septembre, aux récents meurtres et agressions antisémites. A qui faisiez-vous allusion ? Qui tergiverse ? 

F.P. : Je pensais à certaines hésitations intellectuelles. Mais c’était aussi de ma part une réponse à des commentateurs qui reprochaient aux pouvoirs publics de ne pas mettre des mots sur l’antisémitisme. Nous regardons l’antisémitisme avec les yeux grands ouverts. Nous ne craignons pas de mettre des mots sur une réalité, sur le Net ou dans les quartiers. Je n’ai aucun tabou en la matière. Il nous faut redoubler d’efforts partout où cela est nécessaire. 


A.J.: Certains mouvements politiques ou courants d’idées n’ont-ils pas une difficulté à reconnaître la réalité de cette forme d’antisémitisme ? 

F.P. : Il ne m’intéresse pas de pointer tel ou tel intellectuel. Le président de l’Union des étudiants juifs de France, Sacha Ghozlan, a très bien résumé les choses dans une récente tribune : « Qualifier l’antisémitisme n’est pas stigmatiser ». Ce que je veux réaffirmer, c’est l’engagement des pouvoirs publics pour combattre la haine où qu’elle soit.  


A.J.: Cette tribune est parue dans le cadre d’une Une de L’Express consacrée au malaise des Juifs de France. Quels sont, selon vous, les ressorts de cette inquiétude ? Et comment y répondre ?

F.P. : Je partage le constat. Je regrette toutefois que le dossier n’évoque pas les réponses qui ont tenté d’être apportées par les pouvoirs publics, notamment depuis 2014. La Dilcrah a été créée, avec une équipe dédiée et des moyens de communication. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme a été faite Grande cause nationale par le président de la République François Hollande en 2015. Les faits d’attaque à caractère antisémite ont globalement baissé depuis cette période. 


A.J.: Avant de rejoindre la Dilcrah, vous aviez intégré le cabinet de Manuel Valls à Matignon comme conseiller technique outre-mer. Parleriez-vous d’héritage Valls en matière de lutte contre l’antisémitisme ? 

F.P. : J’ai beaucoup d’admiration et de sympathie pour Manuel Valls pour lequel j’ai travaillé pendant deux ans et demi. Mais je crois que ce qu’il a réussi à mettre en place n’était pas le fruit d’une décision purement personnelle. Cela s’inscrit dans une politique gouvernementale, avec une impulsion initiale du président de la République et tous les grands ministères se sont investis. Une réelle prise de conscience nationale a eu lieu en 2014, après les manifestations à Barbès et à Sarcelles, en juillet, et la très violente agression antisémite à Créteil, en décembre. Manuel Valls a eu le courage de dire les choses et d’impulser une politique publique ambitieuse, mais il n’était, heureusement, pas seul pour la mener à bien. 


A.J.: Votre prédécesseur, Gilles Clavreul, avait choisi d’être très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux. Quelle stratégie de communication adopterez-vous pour ce combat qui a sans doute besoin d’incarnation ? 

F.P. : Gilles Clavreul avait raison d’avoir une parole forte et j’essaie de l’avoir à ma manière. Mais j’essaie de ne pas être seulement un commentateur engagé de l’actualité. Je souhaite surtout communiquer sur les actions et les partenariats de la Dilcrah ainsi que sur les résultats obtenus.  


A.J.: La troisième session du Dialogue bilatéral France-Israël sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme se tenait à la mi-septembre. Que peuvent vous apporter les Israéliens pour contrer la parole de haine en France ? 

F.P. : C’était la première fois que Ran Yaakoby, le directeur du département lutte contre l’antisémitisme du ministère israélien des Affaires étrangères, et moi nous nous rencontrions. Ce furent deux journées enrichissantes, nourries d’échanges de bonnes pratiques. Dans le domaine de l’éducation et de lutte contre la haine sur Internet, nous avons travaillé sur des partenariats et j’ai été pour ma part impressionné par les outils israéliens pour détecter les messages antisémites sur Facebook ou Youtube. Il nous faut maintenait étudier l’adaptabilité de ces innovations en France, notamment au regard de notre droit. 

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