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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique France/Politique

Pierre Conesa : « Ce procès devant la cour d’assises fera jurisprudence »

(DR)

L’analyse de Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense*.

Affaire Merah :des retards, pas de ratés ?
« Il est toujours difficile, après des attentats, de se contenter de la reconnaissance de ratés. Quand Mohammed Merah a rejoint le Pakistan en 2011, on peut supposer qu’il y a été formé à répondre aux questions que lui posera à son retour la police française. Il est étonnant que la DCRI n’ait pas estimé judicieux de mener à son endroit un interrogatoire plus serré. Bernard Squarcini a reconnu devant la cour d’assises des « retards » dans l’enquête mais pas de « ratés ». C’est une manière élégante de justifier une faute de ses services ».

Cellules dormantes
« Il faut distinguer deux choses : l’action des services de police visant à empêcher des actions violentes, d’une part ; les politiques des pouvoirs publics, d’autre part. Douze attentats ont été évités depuis janvier, ce qui atteste que de bonnes choses sont menées. Mais, lorsqu’on se penche sur les enquêtes sur les attentats en France depuis celui de Charlie Hebdo, on s’aperçoit que ceux-ci n’ont pu avoir lieu que grâce à l’aide de cellules dormantes présentes sur le territoire français : Buttes-Chaumont à Paris, La Meinau à Strasbourg, Le Mirail à Toulouse. Les services fournis par ces cellules ne sortent jamais du cadre de la légalité. On loge un terroriste, on lui prête une voiture, en prétextant qu’on ne savait rien de ses projets. Le prototype de cette assistance, c’est Abdelkader Merah. Il affirme qu’il n’a jamais participé à l’organisation des assassinats mais assume qu’il est un salafiste convaincu. A l’évidence, ce procès devant la cour d’assises fera jurisprudence. Si on condamne Merah comme formateur de son frère, cela voudra dire que la justice aura tranché pour la première fois cette question sensible.
La seule action contre le passage à l’acte ne suffit pas pour lutter contre le terrorisme.  Il y a toute une imprégnation sociologique qu’il faut démanteler de manière plus vigoureuse, et dans le strict respect de ce que la loi autorise. Ce sont d’ailleurs souvent des musulmans qui réclament cette intervention. Et il ne faut rien céder à ceux que Gilles Kepel qualifie d’entrepreneurs politiques et qui, comme le Collectif contre l’islamophobie en France, utilisent la victimologie pour imposer leurs idées ».

Salafisme et terrorisme
« Un théologien musulman m’a expliqué un jour que le salafisme était la version la plus raciste, la plus antisémite, la plus homophobe, la plus misogyne, la plus sectaire de l’islam. On ne peut pas s’étonner que cette idéologie finisse par générer des personnes violentes. Parler de salafistes « quiétistes » équivaut à dire qu’Hitler était un nazi quiétiste avant 1934. Il exprimait ce qu’il voulait faire mais n’avait pas le pouvoir pour appliquer son programme. Aujourd’hui, en dépit des lois françaises interdisant le racisme et l’antisémitisme, la justice n’a jamais poursuivi de prédicateurs salafistes. Et il a fallu attendre les attentats de 2015 et le gouvernement de Manuel Valls pour que l’on se décide à fermer des mosquées et à expulser des imams radicaux ».

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