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20 Novembre 2017 | 2, Kislev 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique France/Politique

Les familles des victimes de Merah : « Lui, on ne veut plus entendre son nom »

L’intérieur du palais de justice où se déroule le procès (DR)

Eprouvées par quatre semaines de procès, les familles de victimes sont mises à rude épreuve. Mais leur dignité est exemplaire.

Le débat a été vif jeudi dernier entre les parties civiles concernant la diffusion des images de la GoPro portée par le tueur. Mais pour ne pas « ajouter de l’horreur à l’horreur », le président de la cour d’assises Franck Zientara a décidé de ne pas projeter les vidéos des tueries à l’audience. Les familles Chennouf et Legouad y étaient favorables, pas les familles Sandler et Ibn Zaten. Jusqu’où doivent-elles savoir, connaître, entendre et voir ? Au-delà du plaisir posthume donné au tueur – Merah voulait voir ces images diffusées – persistent ces questions. 

 Chacune des familles a ses réponses et, en l’état, ses limites. Depuis quatre semaines, leurs nerfs sont mis à rude épreuve. Les auditions retraçant en détail les scènes des crimes des 11, 15 et 19 mars 2012 sont insoutenables. Latifa Ibn Zaten a quitté la salle plusieurs fois. Les filles de Djemma Legouad supportent leur mère à bout de bras. Leur détresse est absolue mais leur dignité immense malgré leur colère. « Vous êtes tous des assassins ! », a hurlé en larmes Nafoual Ibn Zaten, en quittant la salle après des heures de mensonges de la mère Zoulikha Aziri. 

 « La pudeur des familles de victimes contraste singulièrement avec l’indécence qui prévaut du côté des prévenus », estime Me Ariel Goldmann, avocat de la famille Sandler et de l’école Ozar Hatorah. Il faut « rendre hommage aux familles Sandler, Monsonego, aux familles des soldats et à celles des victimes qui assistent avec dignité aux débats (et qui revivent) ces moments terribles, supportant en silence d’entendre dans le détail ce qu’ont subi leurs proches, enfants, bébés, mari et qui sont également contraintes d’endurer les incidents à répétition suscités ou créés par la défense ». Le plus souvent, Abdelkader Merah, tourné vers la Cour et le président, donne le dos aux familles. Mais parfois leurs regards se croisent. Quelques jours avant le procès, Yaacov Monsonego, le père de la petite Myriam, confiait à nos confrères de La Croix qu’il n’avait pas apprivoisé le deuil. « Enfin si... Aujourd’hui, je ne hurle plus de douleur ». 


« Le regard de ces ordures »


Par sa présence à l’audience, Samuel Sandler veut porter la mémoire de son fils et de son petit-fils et « que l'on ne parle pas encore, de façon anonyme, de trois victimes ». Pour Eva Sandler, c’était trop dur d’assister au procès. « Eva ne veut pas du tout parler. C’est très difficile. Comme monsieur Sandler, elle se bat pour qu’on n’oublie pas les victimes. C’est le sens de son engagement dans la création du Beth Sandler en Israël », confie sa sœur Merav à Actualité juive. 

Merav ne témoignera pas au procès, mais une autre de ses sœurs oui. « On a beaucoup réfléchi, beaucoup discuté. Pour ma part, j’ai refusé d’y aller mais même sans y être, je suis bouleversée. Je ne dors plus. Ce que je lis et ce qu’on me rapporte me fait vaciller. J’ai peur de croiser et de ne pas supporter le regard de ces ordures. Et lui, je ne veux plus entendre son nom. Allez demander dans la rue qui était Jonathan Sandler, qui sait qu’il était professeur ? Personne. Bien des questions restent sans réponse. Personnellement je n’ai pas envie de savoir parce que savoir, c’est revivre ce qui s’est passé ». 

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