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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Analyse. Pourquoi le Hamas cède du terrain à Gaza

Rami Hamdallah (Flash90.)

La visite du premier ministre Rami Hamdallah annonce la reprise en main du pouvoir civil par l’Autorité palestinienne à Gaza.

L’heure de la réconciliation a-t-elle sonné chez les Palestiniens ? A voir les scènes de liesse accompagnant la visite de Rami Hamdallah dans la bande de Gaza, on pourrait le croire. Le premier ministre palestinien dirigeait, lundi 2 octobre, une délégation de plus de quatre cents personnes, devant marquer la reprise en main de l’AP de Mahmoud Abbas dans l’administration civile du territoire. Dix ans après la rupture de 2007, ce déplacement augure d’une nouvelle tentative de rapprochement entre les frères ennemis palestiniens, après les échecs de l’accord de Doha en 2012 et de l’accord dit de Shati deux ans plus tard. « Nous revenons à Gaza pour mettre fin aux divisions et réaliser l’unité » avec le Hamas, a promis le chef de gouvernement palestinien.

La percée politique doit beaucoup aux efforts égyptiens. En proie à la menace terroriste dans le Sinaï, Le Caire n’a cessé ces derniers mois de manier la carotte et le bâton pour contraindre les dirigeants du Hamas à durcir le ton face aux milices djihadistes. « L’Egypte a abandonné, […] son approche jusqu’ici prudente qui consistait à organiser des réunions de réconciliation palestinienne au profit [d’une démarche] proactive de proposition d’idées et de pression sur les parties pour qu’ils les acceptent », décrypte le chercheur du think tank Washington Institute, Ghaith al-Omari. « Ce changement va probablement consolider la position de l’Egypte comme acteur régional indispensable à Gaza et dans la politique palestinienne en général, en particulier comparativement aux soutiens traditionnels du Hamas que sont le Qatar et la Turquie ». 

Mahmoud Abbas l’a bien compris, lui qui espérait, cet été, convaincre Ankara de participer aux négociations, pour limiter l’influence cairote. Peine perdue. Autre point de crispation, le sort de Mohammed Dahlan. L’homme lige des Egyptiens s’est illustré à la mi-septembre en assurant, grâce à des fonds originaires du Golfe, le versement de 50 000 dollars à cent familles proches du Fatah, en guise de dédommagement après la guerre de 2014 contre Israël. Un geste éminemment politique, très mal vu par son ennemi intime, Mahmoud Abbas. Selon le site Middle East Eye, citant des sources palestiniennes, l’AP aurait placé l’ancien chef de la sécurité préventive à Gaza en tête de sa liste de personnes recherchées, transmise à Interpol… En dépêchant mardi à Ramallah le chef des renseignements égyptiens, Khaled Fawzy, après sa visite à Gaza, les autorités égyptiennes ont peut-être voulu rassurer le vieux dirigeant sur leurs intentions. 

« Hezbollahisation du Hamas »

Ces désaccords ne masquent pas pour autant l’essentiel. Le Hamas concède, avec le retour de l’AP à Gaza, son échec aux commandes du pouvoir. Le mouvement terroriste a éprouvé les pires difficultés à lutter contre le chômage et à répondre aux besoins de première nécessité de la population (eau, électricité). La décision de dissoudre, le 17 septembre, le comité administratif de la bande de Gaza, mis sur pied en mars dernier à la fureur du président palestinien, a traduit la réussite de la stratégie de rupture prônée par Mahmoud Abbas, marquée notamment par la suspension des versements des salaires aux fonctionnaires de l’Autorité palestinienne à Gaza. Yahia Sinwar a prévenu, à sa manière, les éventuelles critiques. « Je briserai le cou de quiconque s’oppose à la réconciliation, qu’il soit du Hamas ou d’un autre groupe », a menacé le chef du Hamas à Gaza. 

A Jérusalem, le scepticisme prévaut pour l’instant, alors que des négociations inter palestiniennes doivent se poursuivre au Caire pour régler les principaux points de discorde. Le Hamas considère comme une ligne rouge la liberté d’action de sa branche armée dans la bande de Gaza et pourrait se montrer à peine moins ouvert sur la question du contrôle des frontières. Plusieurs observateurs israéliens évoquent déjà une « hezbollahisation du Hamas », tenant à distance le pouvoir civil pour mieux contrôler militairement le territoire. Pas sûr que l’idée plaise davantage au Fatah de Mahmoud Abbas.

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