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18 Novembre 2017 | 29, Heshvan 5778 | Mise à jour le 17/11/2017 à 12h11

25 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h43 - 17h53

Rubrique Israël

Israël frappe Damas pour mettre en garde un Assad revigoré

Avion F-16 prêt à bombarder la batterie syrienne (Flash90)

La destruction partielle d’une batterie de défense aérienne près de Damas constitue un avertissement pour le régime syrien… mais aussi pour Moscou.

Au cours de l’été, le commandant en chef de l’armée de l’air israélienne, le major-général Amir Eshel révélait au quotidien Haaretz que pas moins de cent opérations avaient été menées par Tsahal en Syrie depuis 2012. Toutes les frappes ne se valent pas pourtant. Dans la confusion de la mise en bière du « califat » islamique en Syrie, l’épisode du 16 octobre marque une date importante.

Lundi, premières heures du jour. Un tir de missile syrien vise plusieurs avions israéliens opérant des vols de reconnaissance au-dessus du Liban. Engagée par la batterie de défense antiaérienne syrienne, installée à cinquante kilomètres de Damas, la menace est « neutralisée », selon le compte-rendu d’un porte-parole de Tsahal. Le modèle SA-5, utilisé par les forces de la famille Assad depuis 1983 et de ce fait technologiquement relativement archaïque, est bien connu des pilotes israéliens. 

Deux heures plus tard, ordre est donné à des avions F-16 de bombarder la batterie syrienne. Le radar de contrôle de tir du système est détruit par quatre missiles israéliens. Le message, fort mais limité, vaut avertissement : Israël n’acceptera pas que soit remise en cause sa suprématie aérienne au Proche-Orient, l’une des pierres angulaires de sa doctrine militaire. La frappe syrienne de lundi ciblait en effet des appareils survolant non pas la Syrie mais le Liban. L’armée israélienne effectue régulièrement des vols de reconnaissance au Pays du Cèdre pour suivre les activités du Hezbollah, en particulier l’acheminement de matériels militaires. La limitation de sa liberté de mouvement dans cette zone constitue dès lors, de facto, un casus belli pour Jérusalem. A cet égard, la rapidité avec laquelle s’est déployée la communication israélienne, lundi, n’a évidemment rien d’anodine. Rompant avec un silence qui accompagne la plupart des missions effectuées en Syrie, les autorités israéliennes ont clairement cherché à faire passer un message sans ambigüité à Bachar El Assad. 


Regain de confiance

Comment expliquer la prise de risque du président alaouite ? D’aucuns évoquent en Israël une mauvaise interprétation des intentions israéliennes. L’état-major du régime alaouite aurait anticipé par erreur une offensive imminente de l’Etat hébreu. Le regain de confiance d’Assad, engrangé grâce à la reconquête d’une large part du territoire syrien, l’encourage également à bomber le torse devant Israël, une option encore inenvisageable il y a à peine dix-huit mois. Le régime a d’ailleurs mis en garde son voisin, dans un communiqué, contre les « conséquences dangereuses de ses tentatives d’agression répétées ». 

Prenant semble-t-il acte de cette nouvelle donne, les responsables israéliens ont fait évolué leur mode de réaction. En mars dernier, ils avaient décidé de déployer le système ultra-perfectionné Arrow pour intercepter des missiles syriens répliquant à une série de frappes contre un site militaire près de Palmyre. Selon les médias israéliens, la Syrie aurait depuis visé à plusieurs reprises des avions de reconnaissance israéliens au Liban, dans le plus grand secret. En optant lundi pour une solution et offensive et revendiquée, Binyamin Netanyahou entend mettre le holà, en prenant soin dans le même temps d’éviter l’escalade.

Le timing de la frappe, quelques heures avant l’arrivée en Israël du ministre de la Défense russe, Serguei Shoïgu, est ainsi riche d’enseignements. L’état-major israélien a une nouvelle fois prévenu de l’opération contre Damas ses homologues russes installés sur la base aérienne de Khmeimim, en Syrie. Mais il n’est pas interdit de se demander si Jérusalem n’a pas cherché, par la concomitance des événements, à placer le partenaire complexe qu’est Vladimir Poutine devant ses responsabilités, immenses en Syrie. En mars, l’attaque contre Palmyre avait suivi de sept jours la visite de Binyamin Netanyahou au Kremlin…

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